<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom" version="2.0" xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" xmlns:googleplay="http://www.google.com/schemas/play-podcasts/1.0"><channel><title><![CDATA[Alex Ung]]></title><description><![CDATA[Pharmacien propriétaire à Québec. J'explore comment la technologie et les services cliniques peuvent transformer la pharmacie communautaire.]]></description><link>https://lab.alexandreung.com</link><image><url>https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!a4Vn!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2Fd39e34a1-ddcf-43f8-9205-b2210b477be1_1280x1280.png</url><title>Alex Ung</title><link>https://lab.alexandreung.com</link></image><generator>Substack</generator><lastBuildDate>Sun, 26 Apr 2026 16:39:37 GMT</lastBuildDate><atom:link href="https://lab.alexandreung.com/feed" rel="self" type="application/rss+xml"/><copyright><![CDATA[Alexandre Ung]]></copyright><language><![CDATA[fr]]></language><webMaster><![CDATA[alexung@substack.com]]></webMaster><itunes:owner><itunes:email><![CDATA[alexung@substack.com]]></itunes:email><itunes:name><![CDATA[Alex Ung]]></itunes:name></itunes:owner><itunes:author><![CDATA[Alex Ung]]></itunes:author><googleplay:owner><![CDATA[alexung@substack.com]]></googleplay:owner><googleplay:email><![CDATA[alexung@substack.com]]></googleplay:email><googleplay:author><![CDATA[Alex Ung]]></googleplay:author><itunes:block><![CDATA[Yes]]></itunes:block><item><title><![CDATA[Le mythe de l’État omniscient]]></title><description><![CDATA[Ce qu'un &#233;conomiste de 1945 avait compris avant nous tous]]></description><link>https://lab.alexandreung.com/p/le-probleme-que-quebec-ne-peut-pas</link><guid isPermaLink="false">https://lab.alexandreung.com/p/le-probleme-que-quebec-ne-peut-pas</guid><dc:creator><![CDATA[Alex Ung]]></dc:creator><pubDate>Fri, 03 Apr 2026 17:40:43 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!a4Vn!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2Fd39e34a1-ddcf-43f8-9205-b2210b477be1_1280x1280.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p><em>Cet article est le troisi&#232;me d&#8217;une s&#233;rie sur les causes profondes des &#233;checs de notre syst&#232;me de sant&#233;. Le premier, &#171; <a href="https://open.substack.com/pub/alexung/p/la-mefiance-coute-plus-cher-que-la">La m&#233;fiance co&#251;te plus cher que la confiance</a> &#187;, posait le constat. Le deuxi&#232;me, &#171; <a href="https://open.substack.com/pub/alexung/p/les-bonnes-intentions-ne-suffisent">Les bonnes intentions ne suffisent pas</a> &#187;, identifiait les m&#233;canismes concrets par lesquels le syst&#232;me produit le contraire de ce qu&#8217;il promet. Celui-ci explique pourquoi ces m&#233;canismes sont irr&#233;parables.</em></p><div><hr></div><h3>Le pharmacien et le code d&#8217;acte</h3><p>Mardi matin, 9h12. Une femme de 82 ans se pr&#233;sente &#224; mon comptoir. Elle prend 14 m&#233;dicaments. Elle vit seule. Son m&#233;decin de famille vient de prendre sa retraite. Elle fait partie du 28% de Qu&#233;b&#233;cois qui n&#8217;ont plus de m&#233;decin [1]. Son nouveau GMF l&#8217;a vue une fois en six mois. Personne ne lui a fait de bilan de m&#233;dicaments depuis deux ans.</p><div class="subscription-widget-wrap-editor" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://lab.alexandreung.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;S'abonner&quot;,&quot;language&quot;:&quot;fr&quot;}" data-component-name="SubscribeWidgetToDOM"><div class="subscription-widget show-subscribe"><div class="preamble"><p class="cta-caption">Merci de lire ! Abonnez-vous gratuitement pour recevoir de nouveaux posts et soutenir mon travail.</p></div><form class="subscription-widget-subscribe"><input type="email" class="email-input" name="email" placeholder="Tapez votre e-mail&#8230;" tabindex="-1"><input type="submit" class="button primary" value="S'abonner"><div class="fake-input-wrapper"><div class="fake-input"></div><div class="fake-button"></div></div></form></div></div><p>Je m&#8217;assois avec elle. Je r&#233;vise ses dossiers. Je rep&#232;re une interaction entre deux de ses m&#233;dicaments que personne n&#8217;avait eu le temps de v&#233;rifier. Je contacte le m&#233;decin de garde. On ajuste. On planifie un suivi dans deux semaines. &#199;a prend quarante-cinq minutes.</p><p>Dans le syst&#232;me de la RAMQ, ce que je viens de faire se traduit en codes d&#8217;actes. Des num&#233;ros. Des tarifs fixes. Je peux facturer un acte clinique pour la r&#233;vision. Quelques dizaines de dollars. Le tarif ne refl&#232;te pas les quarante-cinq minutes investies ni la complexit&#233; de quatorze m&#233;dicaments chez une patiente sans filet de s&#233;curit&#233;.</p><p>Le code ne sait pas que cette femme a 82 ans. Il ne sait pas qu&#8217;elle prend 14 m&#233;dicaments. Il ne sait pas qu&#8217;elle vit seule, que son r&#233;seau de soutien est &#224; peu pr&#232;s inexistant et que si personne ne fait ce travail aujourd&#8217;hui elle va se retrouver aux urgences dans trois mois.</p><p>Le code ne sait rien de tout &#231;a.</p><p>Voici ce qui devrait vous d&#233;ranger: le syst&#232;me est <em>con&#231;u</em> pour ne pas le savoir.</p><div><hr></div><h3>Une id&#233;e de 1945</h3><p>Il y a quelques ann&#233;es, je suis tomb&#233; sur une id&#233;e qui a chang&#233; ma fa&#231;on de voir le syst&#232;me de sant&#233; qu&#233;b&#233;cois. L&#8217;id&#233;e vient d&#8217;un &#233;conomiste autrichien, Friedrich Hayek, prix Nobel d&#8217;&#233;conomie en 1974 [2]. En 1945 il avait publi&#233; un texte dans lequel il posait une question simple: qui, dans une soci&#233;t&#233;, poss&#232;de la connaissance n&#233;cessaire pour prendre les bonnes d&#233;cisions?</p><p>Sa r&#233;ponse: personne.</p><p>Pas un individu, pas un comit&#233;, pas un minist&#232;re. La connaissance est <em>dispers&#233;e</em>. Dans la t&#234;te de millions de personnes qui vivent chacune leur r&#233;alit&#233;.</p><p>Sa th&#232;se tenait en une phrase. Elle est aussi vraie aujourd&#8217;hui qu&#8217;il y a 80 ans.</p><p>Le vrai probl&#232;me &#233;conomique d&#8217;une soci&#233;t&#233; n&#8217;est pas d&#8217;allouer des ressources rares. C&#8217;est de coordonner des millions de d&#233;cisions sans que personne ne poss&#232;de toute l&#8217;information n&#233;cessaire pour les prendre.</p><div><hr></div><p>Deux types de connaissance</p><p>Quand j&#8217;ai compris la distinction que Hayek faisait, j&#8217;ai eu un d&#233;clic.</p><p>Il y a la connaissance scientifique. Celle qu&#8217;on peut centraliser, codifier, enseigner. Les protocoles cliniques. Les guides de pratique. Les &#233;tudes randomis&#233;es. Un comit&#233; d&#8217;experts peut la synth&#233;tiser. Un minist&#232;re peut la diffuser. &#199;a, &#231;a marche.</p><p>Puis il y a la connaissance locale. Celle du temps et du lieu. Ce que le m&#233;decin sait de SON patient apr&#232;s vingt ans de suivi. Ce que le pharmacien per&#231;oit dans CETTE interaction, avec CETTE personne, &#224; CE moment. Ce qu&#8217;une infirmi&#232;re d&#233;tecte dans le changement subtil de ton d&#8217;un patient anxieux.</p><p>Ce savoir-l&#224; ne se met pas dans un tableur. Il ne voyage pas bien dans un formulaire. Il ne se r&#233;sume pas dans un code d&#8217;acte. Il devient obsol&#232;te avant m&#234;me d&#8217;atteindre le bureau du fonctionnaire charg&#233; de prendre des d&#233;cisions &#171; pour le bien du syst&#232;me &#187;.</p><p>Hayek posait une question simple: qui devrait prendre les d&#233;cisions? Celui qui poss&#232;de la connaissance locale ou celui qui poss&#232;de l&#8217;autorit&#233; centrale?</p><p>Sa r&#233;ponse &#233;tait sans &#233;quivoque. Les d&#233;cisions finales doivent rester entre les mains des personnes qui connaissent directement les circonstances, qui per&#231;oivent les changements pertinents et qui ont un acc&#232;s imm&#233;diat aux ressources disponibles.</p><p>Pas parce que ces personnes sont plus intelligentes. Pas parce que le planificateur central est incomp&#233;tent. Parce que la connaissance n&#233;cessaire est, par sa nature m&#234;me, dispers&#233;e dans les esprits de milliers de personnes. Elle ne peut pas, <em>structurellement</em>, &#234;tre regroup&#233;e en un seul endroit.</p><div><hr></div><h3>Le miracle que personne ne voit</h3><p>Hayek avait compris quelque chose que la plupart des gens tiennent pour acquis sans jamais y r&#233;fl&#233;chir: le syst&#232;me de prix est un miracle de coordination [3].</p><p>Prenez un exemple simple. Demain matin, une mine de cuivre s&#8217;effondre quelque part en Am&#233;rique du Sud. Vous ne le savez pas. Moi non plus. Le sous-ministre de la Sant&#233; du Qu&#233;bec non plus.</p><p>Le prix du cuivre monte. Instantan&#233;ment, sans qu&#8217;un seul ordre soit donn&#233;, sans qu&#8217;un seul comit&#233; se r&#233;unisse, des milliers de personnes &#224; travers le monde ajustent leur comportement. Certains &#233;conomisent le cuivre. D&#8217;autres lui trouvent des substituts. D&#8217;autres encore augmentent leur production pour combler le manque. Le march&#233; a transmis l&#8217;information pertinente (&#171; le cuivre est plus rare qu&#8217;hier &#187;) &#224; tous ceux qui en avaient besoin, sous la forme exacte dont ils avaient besoin, au moment exact o&#249; ils en avaient besoin.</p><p>Aucun comit&#233; de planification ne pourrait faire &#231;a. Aucun algorithme ne pourrait le faire aussi vite. Le prix a agr&#233;g&#233;, en un instant, de l&#8217;information dispers&#233;e dans des millions de t&#234;tes. Il l&#8217;a traduite en un signal que tout le monde peut lire.</p><p>C&#8217;est un miracle quotidien que personne ne remarque, pr&#233;cis&#233;ment parce qu&#8217;il fonctionne.</p><p>Maintenant, demandez-vous: que se passe-t-il quand on supprime ce signal?</p><div><hr></div><p>La RAMQ comme planificateur central</p><p>La R&#233;gie de l&#8217;assurance maladie du Qu&#233;bec est, dans sa fonction &#233;conomique, un planificateur central. Elle fixe les honoraires des m&#233;decins. Elle d&#233;finit les actes facturables des pharmaciens. Elle d&#233;termine quels m&#233;dicaments sont couverts, &#224; quel prix, selon quelles conditions.</p><p>Chaque d&#233;cision qu&#8217;elle prend est une tentative de remplacer le m&#233;canisme des prix par le jugement d&#8217;un comit&#233;.</p><p>Le r&#233;sultat est exactement ce que Hayek pr&#233;disait.</p><p>Les p&#233;nuries sont permanentes. On les appelle poliment des &#171; listes d&#8217;attente &#187;. En 2024 le taux d&#8217;inscription &#224; un m&#233;decin de famille est tomb&#233; &#224; 72%, contre 82% dix ans plus t&#244;t [4]. Des infirmi&#232;res praticiennes sp&#233;cialis&#233;es se retrouvent avec des charges de 3 600 patients en GMF [5]. C&#8217;est bien au-del&#224; de ce que n&#8217;importe quel professionnel peut g&#233;rer de fa&#231;on s&#233;curitaire. Le budget sant&#233; atteint 65,5 milliards de dollars [6] et le syst&#232;me produit des r&#233;sultats inf&#233;rieurs &#224; ceux de pays qui d&#233;pensent moins.</p><p>Le signal de prix a &#233;t&#233; supprim&#233;. Avec lui, toute l&#8217;information qu&#8217;il transportait.</p><p>Un m&#233;decin qui offre un service exceptionnel est pay&#233; le m&#234;me tarif qu&#8217;un m&#233;decin qui fait le strict minimum. Un pharmacien qui passe 45 minutes avec une patiente vuln&#233;rable est r&#233;mun&#233;r&#233; comme celui qui tamponne un renouvellement en trois minutes. L&#8217;information sur la <em>valeur r&#233;elle</em> du service n&#8217;est transmise nulle part. Ni au patient, ni au gestionnaire, ni au syst&#232;me.</p><p>Pire encore: le syst&#232;me de codes d&#8217;actes cr&#233;e une incitation <em>invers&#233;e</em>. Plus un acte est complexe, plus il prend de temps, et donc moins il est rentable au tarif fixe. Le syst&#232;me r&#233;compense la vitesse et le volume. Il punit la profondeur et la qualit&#233;.</p><p>Ce n&#8217;est pas un bug. C&#8217;est le r&#233;sultat math&#233;matique in&#233;vitable de la suppression du m&#233;canisme des prix.</p><p>La semaine derni&#232;re, le gouvernement a tent&#233; d&#8217;aller encore plus loin. Un amendement au projet de loi 15 aurait donn&#233; le pouvoir de plafonner unilat&#233;ralement les honoraires des pharmaciens propri&#233;taires [7]. Supprimer le peu de signal de prix qui restait. L&#8217;amendement a &#233;t&#233; retir&#233; sous la pression. Le r&#233;flexe, lui, est toujours l&#224;.</p><p>Hayek aurait reconnu le sch&#233;ma. Nous devrions aussi.</p><div><hr></div><h3>Le diagnostic</h3><p>Ce qui rend l&#8217;analyse de Hayek si d&#233;rangeante, c&#8217;est qu&#8217;elle ne bl&#226;me personne. Le probl&#232;me n&#8217;est pas que les gestionnaires sont incomp&#233;tents. Le probl&#232;me, c&#8217;est que leur mission est impossible.</p><p>M&#234;me si vous mettiez les 50 personnes les plus brillantes du Qu&#233;bec dans une salle et que vous leur donniez tout le pouvoir qu&#8217;elles veulent, elles ne pourraient pas r&#233;soudre le probl&#232;me. Parce que le probl&#232;me n&#8217;est pas un manque d&#8217;intelligence. C&#8217;est un manque d&#8217;information. Cette information, par nature, ne peut pas &#234;tre centralis&#233;e.</p><p>Hayek ne proposait pas l&#8217;anarchie. Il proposait l&#8217;humilit&#233;. L&#8217;humilit&#233; de reconna&#238;tre qu&#8217;aucun planificateur, aussi brillant soit-il, ne peut poss&#233;der la connaissance qu&#8217;il pr&#233;tend utiliser.</p><p>Le Qu&#233;bec a fait ce pari deux fois. En 1960 on a cong&#233;di&#233; le clerg&#233; qui pr&#233;tendait savoir comment chacun devait vivre. On l&#8217;a remplac&#233; par un &#201;tat qui pr&#233;tend savoir comment chacun doit &#234;tre soign&#233;, &#233;duqu&#233;, gard&#233;, assur&#233;, prot&#233;g&#233;, retrait&#233;. La RAMQ, Sant&#233; Qu&#233;bec, la SAAQ, la CNESST, la RRQ, le RQAP. Neuf millions de besoins individuels confi&#233;s &#224; des organisations centrales qui auraient besoin d&#8217;&#234;tre omniscientes pour remplir leur mandat. On n&#8217;a pas aboli l&#8217;autorit&#233; centrale. On a chang&#233; sa soutane.</p><p>C&#8217;est le p&#233;ch&#233; originel du syst&#232;me de sant&#233; qu&#233;b&#233;cois.</p><div><hr></div><h3>Ce que Hayek ne r&#233;sout pas</h3><p>Hayek nous donne le diagnostic. Le syst&#232;me est construit sur une hypoth&#232;se fausse: que des humains peuvent centraliser une connaissance qui exigerait l&#8217;omniscience de Dieu.</p><p>Il reste une question. Si le probl&#232;me est aussi &#233;vident, si 80 ans de donn&#233;es empiriques confirment que la planification centrale produit des p&#233;nuries, pourquoi est-ce que personne ne corrige le tir? Pourquoi est-ce que chaque &#233;chec m&#232;ne &#224; plus de centralisation, jamais &#224; moins?</p><p>Parce que le syst&#232;me n&#8217;est pas un accident. Il est le produit logique d&#8217;une vision du monde sp&#233;cifique. Une vision qui tient pour acquis que les experts savent mieux, que les intentions suffisent &#224; juger les politiques et que les &#233;checs r&#233;p&#233;t&#233;s prouvent simplement qu&#8217;on n&#8217;a pas assez essay&#233;.</p><p>Un intellectuel am&#233;ricain a pass&#233; sa vie &#224; documenter cette vision et ses cons&#233;quences. Il a montr&#233; que le m&#234;me sch&#233;ma (crise, intervention, &#233;chec, expansion) se reproduit dans tous les domaines de politique sociale, dans tous les pays, &#224; toutes les &#233;poques.</p><p>Il s&#8217;appelle Thomas Sowell. C&#8217;est le sujet du prochain article.</p><div><hr></div><h4>Notes</h4><p>[1] Donn&#233;es MSSS et ISQ. En 2024 environ 28% des Qu&#233;b&#233;cois n&#8217;avaient pas de m&#233;decin de famille, contre environ 18% cinq ans plus t&#244;t.</p><p>[2] Friedrich Hayek, &#171; The Use of Knowledge in Society &#187;, American Economic Review, vol. 35, no. 4, septembre 1945, pp. 519-530. L&#8217;article le plus cit&#233; de la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle en sciences sociales. Prix Nobel d&#8217;&#233;conomie 1974.</p><p>[3] L&#8217;analyse du syst&#232;me de prix comme m&#233;canisme de coordination est tir&#233;e du m&#234;me article de 1945. Hayek utilisait l&#8217;exemple de l&#8217;&#233;tain. L&#8217;exemple du cuivre est une transposition.</p><p>[4] Statistique Canada et MSSS, donn&#233;es sur l&#8217;inscription aupr&#232;s d&#8217;un m&#233;decin de famille au Qu&#233;bec. Le taux est pass&#233; d&#8217;environ 82% en 2019 &#224; 72% en 2024.</p><p>[5] La Presse, &#171; Seulement 3600 patients pris en charge par des infirmi&#232;res praticiennes sp&#233;cialis&#233;es &#187;, 23 janvier 2026.</p><p>[6] Gouvernement du Qu&#233;bec, Budget de d&#233;penses 2025-2026 &#8212; Cr&#233;dits des minist&#232;res et organismes. Le budget sant&#233; atteint 65,5 G$ en 2025-2026, soit 42% du budget total provincial.</p><p>[7] Projet de loi 15, amendement 39.1 (mars 2026). Adopt&#233; puis retir&#233; le 1er avril 2026 apr&#232;s la rupture des n&#233;gociations entre l&#8217;AQPP et le gouvernement du Qu&#233;bec.</p><div><hr></div><p><em>Alexandre Ung est pharmacien propri&#233;taire &#224; Qu&#233;bec. Il &#233;crit sur la sant&#233;, la gouvernance et les syst&#232;mes qui fonctionnent &#8212; ou pas.</em></p><p><em>Les opinions exprim&#233;es dans cette s&#233;rie sont d&#8217;ordre civique et &#233;conomique, pas d&#8217;ordre professionnel. Elles ne constituent pas un avis pharmaceutique ni une publicit&#233; au sens du Code de d&#233;ontologie des pharmaciens du Qu&#233;bec (P-10, r. 7). Le droit de tout citoyen d&#8217;exprimer ses orientations en mati&#232;re de gouvernance et de politique publique est prot&#233;g&#233; par la Charte canadienne des droits et libert&#233;s (art. 2(b)), la Charte des droits et libert&#233;s de la personne du Qu&#233;bec (art. 3) et la D&#233;claration universelle des droits de l&#8217;homme (art. 19). Ce droit s&#8217;exerce ind&#233;pendamment du statut professionnel de son auteur. L&#8217;article 6 du Code de d&#233;ontologie impose au pharmacien de prot&#233;ger et promouvoir la sant&#233; et le bien-&#234;tre des patients. Analyser publiquement les causes syst&#233;miques qui menacent cette capacit&#233; est un exercice de ce devoir, pas une atteinte &#224; la dignit&#233; de la profession.</em></p><div class="subscription-widget-wrap-editor" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://lab.alexandreung.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;S'abonner&quot;,&quot;language&quot;:&quot;fr&quot;}" data-component-name="SubscribeWidgetToDOM"><div class="subscription-widget show-subscribe"><div class="preamble"><p class="cta-caption">Merci de lire ! Abonnez-vous gratuitement pour recevoir de nouveaux posts et soutenir mon travail.</p></div><form class="subscription-widget-subscribe"><input type="email" class="email-input" name="email" placeholder="Tapez votre e-mail&#8230;" tabindex="-1"><input type="submit" class="button primary" value="S'abonner"><div class="fake-input-wrapper"><div class="fake-input"></div><div class="fake-button"></div></div></form></div></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Quand « santé » veut tout dire, l'État peut tout justifier]]></title><description><![CDATA[Ce que &#231;a produit concr&#232;tement, un mandat sans limite]]></description><link>https://lab.alexandreung.com/p/quand-sante-veut-tout-dire-letat</link><guid isPermaLink="false">https://lab.alexandreung.com/p/quand-sante-veut-tout-dire-letat</guid><dc:creator><![CDATA[Alex Ung]]></dc:creator><pubDate>Sun, 15 Mar 2026 14:14:43 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!a4Vn!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2Fd39e34a1-ddcf-43f8-9205-b2210b477be1_1280x1280.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>J&#8216;ai r&#233;cemment publi&#233; sur LinkedIn une r&#233;flexion sur le mot &#171; <a href="https://www.linkedin.com/posts/alexandre-ung-5869b54a_ungpharma-activity-7438916917211410432-e59-?utm_source=share&amp;utm_medium=member_desktop&amp;rcm=ACoAAAp4a_YBiOuKTdJukRh3lKK41PFYc4Pd-t8">sant&#233; </a>&#187;. Le mot n&#8217;a pas de d&#233;finition stable. L&#8217;OMS l&#8217;a d&#233;finie en 1946 puis propos&#233; une autre vision en 1984. Le mod&#232;le biom&#233;dical en a une autre. La sant&#233; comme hom&#233;ostasie en est encore une autre. Les lois qu&#233;b&#233;coises en ont deux autres qui couvrent pratiquement tout.</p><p>Personne ne s&#8217;entend sur ce que le mot veut dire.</p><p>Quand on confie un concept sans borne &#224; une institution publique le mandat n&#8217;a pas de limite. Si le mandat n&#8217;a pas de limite les d&#233;penses n&#8217;en ont pas non plus. Le Qu&#233;bec n&#8217;a jamais fait l&#8217;exercice de choisir une d&#233;finition et de tracer la ligne.</p><p>Cet article pousse la r&#233;flexion plus loin. Un mandat sans limite en sant&#233;, &#231;a produit quoi concr&#232;tement?</p><div><hr></div><h3>Un bon diagnostic. Le mauvais traitement.</h3><p>Un texte d&#8217;opinion publi&#233; dans La Presse en mars 2026 [1] proposait de cesser de confondre sant&#233; et soins. Le constat est juste. Environ 80% de ce qui d&#233;termine la sant&#233; d&#8217;une population n&#8217;a rien &#224; voir avec le r&#233;seau de soins. C&#8217;est le mode de vie. Les conditions socio-&#233;conomiques. L&#8217;environnement. Les soins m&#233;dicaux comptent pour &#224; peu pr&#232;s 20%. Le rapport Lalonde du gouvernement canadien l&#8217;a &#233;tabli en 1974 [2]. C&#8217;est pas nouveau.</p><p>Les auteurs ont raison de dire que restructurer Sant&#233; Qu&#233;bec ne r&#233;glera pas le tsunami de maladies chroniques. L&#224;-dessus on est d&#8217;accord.</p><p>L&#224; o&#249; je diverge c&#8217;est leur solution : &#171; fabriquer d&#233;mocratiquement de la sant&#233; &#187; dans les communaut&#233;s locales.</p><p>Fabriquer quoi exactement? Comment? Avec quels indicateurs de succ&#232;s? Les auteurs parlent de &#171; solutions innovantes et porteuses &#224; valeur ajout&#233;e &#187; sans jamais dire concr&#232;tement ce que &#231;a veut dire. La d&#233;finition de sant&#233; est vague. La solution propos&#233;e l&#8217;est tout autant.</p><div><hr></div><h3>L'&#201;tat cr&#233;e les conditions. L'individu produit le r&#233;sultat.</h3><p>C&#8217;est une distinction que personne ne fait dans le d&#233;bat public.</p><p>La sant&#233; d&#8217;un individu n&#8217;est pas un effet secondaire des investissements collectifs. C&#8217;est le produit de ses choix quotidiens.</p><p>L&#8217;&#201;tat au mieux cr&#233;e les conditions : rendre l&#8217;eau potable s&#233;curitaire. Taxer le tabac. Exiger un &#233;tiquetage nutritionnel. Offrir des infrastructures sportives. Ce sont des interventions qui modifient l&#8217;environnement et les incitatifs sans essayer de changer la personne directement. Elles fonctionnent.</p><p>Ce qui fonctionne beaucoup moins c&#8217;est les programmes qui essaient de changer les comportements des gens sans changer l&#8217;environnement dans lequel ils font leurs choix.</p><p>Je le vois dans ma pratique. On a des programmes de suivi clinique pour l&#8217;hypertension. Pour la douleur chronique. Ils sont bien faits. L&#8217;&#233;quipe est engag&#233;e. Le suivi est r&#233;gulier. &#199;a aide. &#199;a ne suffit pas.</p><p>Le changement durable arrive quand le patient d&#233;cide que c&#8217;est le moment. Pas quand le programme le d&#233;cide pour lui. Le meilleur suivi du monde ne remplace pas cette d&#233;cision-l&#224;. On peut accompagner. On peut outiller. On peut &#234;tre l&#224; quand la personne est pr&#234;te. On ne peut pas &#234;tre pr&#234;t &#224; sa place.</p><p>Confondre les conditions et le r&#233;sultat c&#8217;est exactement ce qui justifie l&#8217;expansion sans fin du mandat. Si on croit que l&#8217;investissement collectif &#171; produit &#187; la sant&#233; alors il suffit d&#8217;investir plus pour avoir plus de sant&#233;.</p><p>C&#8217;est faux.</p><p>L&#8217;investissement cr&#233;e les conditions. Le r&#233;sultat d&#233;pend de l&#8217;individu.</p><p>Tout le monde n&#8217;a pas les m&#234;mes conditions de d&#233;part. C&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que l&#8217;&#201;tat a un r&#244;le. Intervenir sur l&#8217;environnement dans lequel les gens font leurs choix : taxer le tabac, s&#233;curiser l&#8217;eau, offrir des infrastructures sportives. Pas intervenir sur les personnes pour tenter de changer leurs comportements.</p><div><hr></div><h3><strong>La vraie question</strong></h3><p>Le Qu&#233;bec met 65 milliards par ann&#233;e. 42% de son budget. La grande majorit&#233; va dans les soins. Les soins comptent pour environ 20% de ce qui d&#233;termine la sant&#233; d&#8217;une population. Le 80% qui reste d&#233;pend largement de choix individuels sur lesquels l&#8217;&#201;tat a peu de levier durable. On concentre nos ressources sur la portion minoritaire du probl&#232;me.</p><p>Les interventions qui modifient l&#8217;environnement et les incitatifs m&#233;ritent d&#8217;&#234;tre maintenues. Taxer le tabac fonctionne. Rendre l&#8217;eau s&#233;curitaire fonctionne. Offrir des infrastructures sportives accessibles fonctionne. Ce sont des investissements collectifs l&#233;gitimes.</p><p>On d&#233;bat du montant. Jamais de ce qu&#8217;on pourrait accomplir pour une fraction du prix dans un domaine o&#249; l&#8217;&#201;tat a un vrai impact. La question m&#233;rite un d&#233;bat entier.</p><p>Ce d&#233;bat ne peut pas commencer tant qu&#8217;on refuse d&#8217;admettre que l&#8217;approche actuelle ne fonctionne pas.</p><p>Proposer de &#171; fabriquer d&#233;mocratiquement de la sant&#233; &#187; c&#8217;est pr&#233;sumer que les citoyens ont besoin qu&#8217;on d&#233;cide pour eux. C&#8217;est la m&#234;me logique de contr&#244;le qu&#8217;on applique d&#233;j&#224; aux m&#233;decins et aux pharmaciens [3].</p><p>Cessons de confondre sant&#233; et soins. Absolument. Cessons aussi de confondre accompagner les citoyens et les prendre en charge.</p><p><em>&#8212; Alex Ung</em></p><div><hr></div><p>[1] &#171; Cessons de confondre sant&#233; et soins ! &#187;, La Presse, mars 2026. </p><p>[2] Lalonde, M. <em>Nouvelle perspective de la sant&#233; des Canadiens</em>, Gouvernement du Canada, 1974. </p><p>[3] &#171; La m&#233;fiance co&#251;te plus cher que la confiance &#187;, Substack, d&#233;cembre 2025.</p><p><em>Alexandre est un pharmacien propri&#233;taire au Qu&#233;bec qui &#233;crit sur la pharmacie, la sant&#233; et les syst&#232;mes de gouvernance &#8230; qui marchent ou pas. </em></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[La loyauté n’existe que si on est libre de partir]]></title><description><![CDATA[On ne peut pas partir, on n&#8217;ose pas parler.]]></description><link>https://lab.alexandreung.com/p/la-loyaute-nexiste-que-si-on-est</link><guid isPermaLink="false">https://lab.alexandreung.com/p/la-loyaute-nexiste-que-si-on-est</guid><dc:creator><![CDATA[Alex Ung]]></dc:creator><pubDate>Wed, 11 Mar 2026 04:21:08 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!a4Vn!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2Fd39e34a1-ddcf-43f8-9205-b2210b477be1_1280x1280.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>On ne peut pas partir, on n&#8217;ose pas parler. Alors on se tait.</p><p></p><p><em>Cet article ne fait pas partie de la s&#233;rie sur le syst&#232;me de sant&#233; qu&#233;b&#233;cois. C&#8217;est une r&#233;flexion parall&#232;le, n&#233;e d&#8217;une frustration que la plupart des professionnels r&#233;glement&#233;s au Qu&#233;bec reconna&#238;tront.</em></p><p></p><h2>Le moment o&#249; on apprend &#224; se taire</h2><p>L&#8217;exemple qui suit est fictif, mais le raisonnement est r&#233;el.</p><p>Vendredi soir, 20h45. La pharmacie ferme dans quinze minutes. Un patient r&#233;gulier se pr&#233;sente. Ses ordonnances d&#8217;opiac&#233;s pour douleur chronique sont &#233;chues depuis deux jours. C&#8217;est la deuxi&#232;me fois que la pharmacie les prolonge. Le m&#233;decin traitant ne r&#233;pond pas au t&#233;l&#233;phone, ne r&#233;pond pas aux fax. Le patient dit qu&#8217;il a mal. Sa douleur n&#8217;est pas contr&#244;l&#233;e. On est vendredi soir, la fin de semaine commence.</p><p>Je sais ce que je devrais &#233;valuer : est-ce que ce patient est stable? Est-ce que je prolonge encore? Est-ce que j&#8217;ajuste la dose? Cliniquement, c&#8217;est un cas qui demande du jugement. Un patient en douleur non contr&#244;l&#233;e, un prescripteur injoignable, une fin de semaine qui commence.</p><p>Mais ce n&#8217;est pas &#231;a qui me passe par la t&#234;te en premier. Ce qui me passe par la t&#234;te, c&#8217;est : comment le syndic verrait-il &#231;a? Est-ce que prolonger des opiac&#233;s une troisi&#232;me fois sans contact avec le prescripteur, c&#8217;est d&#233;fendable? Est-ce que si le patient fait une mauvaise utilisation pendant la fin de semaine, c&#8217;est moi qui va &#234;tre tenu responsable? Est-ce que ma documentation est assez blind&#233;e?</p><p>Je fais mon &#233;valuation clinique. Je prends ma d&#233;cision. Mais le r&#233;flexe de peur &#233;tait l&#224; avant le r&#233;flexe clinique. C&#8217;est &#231;a le probl&#232;me.</p><p></p><h2>Ce que &#231;a fait, un syst&#232;me sans sortie</h2><p>Au Qu&#233;bec, si vous &#234;tes pharmacien, vous devez &#234;tre membre de l&#8217;Ordre des pharmaciens du Qu&#233;bec (OPQ). Pas d&#8217;adh&#233;sion, pas de droit de pratique.[1] Vous ne pouvez pas quitter l&#8217;Ordre et continuer &#224; exercer. Il n&#8217;existe pas d&#8217;ordre concurrent, pas de certificateur alternatif, pas d&#8217;autre voie pour pratiquer la pharmacie au Qu&#233;bec. C&#8217;est l&#8217;OPQ ou rien.</p><p>L&#8217;Ordre r&#233;dige ses propres r&#232;glements. Le syndic enqu&#234;te et porte des accusations. Le conseil de discipline juge selon les r&#232;gles que l&#8217;Ordre a lui-m&#234;me &#233;crites.[2] C&#8217;est comme si le l&#233;gislateur, le procureur et le juge &#233;taient la m&#234;me personne. Montesquieu appelait &#231;a la fin de la libert&#233;.</p><p>Pendant des ann&#233;es, la plupart des pharmaciens se sont tus. Pas parce qu&#8217;ils approuvaient le syst&#232;me. Parce qu&#8217;ils avaient peur. Le syndic peut ouvrir une enqu&#234;te, le conseil de discipline peut condamner et sanctionner, et le pharmacien n&#8217;a aucune alternative. Il n&#8217;y a qu&#8217;un seul ordre, qu&#8217;un seul syndic, qu&#8217;un seul conseil de discipline. Si tu es en d&#233;saccord avec le syst&#232;me, tes options sont : te taire ou abandonner ta profession.</p><p>Mais la grogne monte. De plus en plus de pharmaciens disent haut et fort qu&#8217;ils sont tann&#233;s. Tann&#233;s du syndic, tann&#233;s d&#8217;un ordre qui s&#8217;autor&#233;gule sans contre-pouvoir r&#233;el, tann&#233;s d&#8217;un conseil de discipline qui acquitte rarement et conteste encore moins les accusations du syndic. Le sentiment qui circule dans la profession, c&#8217;est celui d&#8217;un syst&#232;me ferm&#233; sur lui-m&#234;me, o&#249; le r&#233;sultat est d&#233;cid&#233; d&#8217;avance.</p><p></p><h2>Un &#233;conomiste avait un mot pour &#231;a</h2><p>En tentant de comprendre notre situation professionnelle, je suis tomb&#233; sur un concept d&#233;velopp&#233; par Albert Hirschman (&#233;conomiste germano-am&#233;ricain, 1915-2012).[3]</p><p>Son mod&#232;le est simple. Face &#224; une institution qui se d&#233;grade, un individu a trois options. </p><p>Il part - c&#8217;est la <em>d&#233;fection</em>, le m&#233;canisme du march&#233; de l&#8217;emploi. </p><p>Il <em>proteste</em> - c&#8217;est la prise de parole, le m&#233;canisme d&#233;mocratique. </p><p>Ou </p><p>Il reste malgr&#233; son insatisfaction - c&#8217;est la <em>loyaut&#233;</em>.</p><p>Attention : quelqu&#8217;un qui reste parce qu&#8217;il est satisfait n&#8217;est pas loyal au sens de Hirschman. Il est juste content. </p><p>La loyaut&#233;, selon Hirschman, c&#8217;est rester <em>malgr&#233;</em> une insatisfaction, parce qu&#8217;on tient &#224; l&#8217;institution et qu&#8217;on esp&#232;re que les choses vont s&#8217;am&#233;liorer. C&#8217;est ce qui fait qu&#8217;un employ&#233; insatisfait choisit de rester et de se battre pour am&#233;liorer son milieu de travail au lieu de remettre sa d&#233;mission. C&#8217;est un attachement qui retarde la d&#233;fection.</p><p>Mais cette logique repose sur une pr&#233;supposition : <em>la d&#233;fection doit rester possible</em>. <em><strong>La loyaut&#233; est un choix seulement si on peut aussi choisir de partir</strong>. Sans cette possibilit&#233;, la loyaut&#233; n&#8217;est plus un choix. C&#8217;est <strong>une prison</strong>.</em></p><p>Hirschman reconna&#238;t que quand un individu ne peut ni partir ni se faire entendre, c&#8217;est un signe d&#8217;oppression. Mais il s&#8217;arr&#234;te l&#224;. Il ne se demande pas ce que la loyaut&#233; devient dans cette situation. Il traite ces cas comme des anomalies et passe &#224; autre chose.</p><p>C&#8217;est exactement l&#224; que j&#8217;ai bloqu&#233;. Parce que ce qu&#8217;il appelle des &#8220;anomalies&#8221;, c&#8217;est le fonctionnement normal de mon quotidien professionnel.</p><p></p><h2>La pi&#232;ce manquante</h2><p>Si on ne peut pas s&#8217;enfuir et qu&#8217;on n&#8217;ose pas protester, que reste-t-il?</p><p>On se tait. On reste, mais pas parce qu&#8217;on tient &#224; l&#8217;institution. On reste parce qu&#8217;on n&#8217;a pas le choix. La loyaut&#233; ne dispara&#238;t pas. Elle se transforme en quelque chose de toxique.</p><p><em>J&#8217;appelle &#231;a la <strong>loyaut&#233; d&#233;fensive</strong>.</em></p><p>La loyaut&#233; d&#233;fensive, c&#8217;est quand un professionnel modifie sa pratique non pour mieux servir son patient, mais pour r&#233;duire son propre risque disciplinaire. Le r&#233;flexe de peur avant le r&#233;flexe clinique.</p><p>L&#8217;ing&#233;nieur qui ajoute des marges de s&#233;curit&#233; absurdes non par prudence, mais par peur d&#8217;un comit&#233; disciplinaire. Le psychologue qui refuse de toucher &#224; certains sujets en th&#233;rapie, non par jugement clinique, mais parce que son ordre a d&#233;cid&#233; que ces sujets &#233;taient probl&#233;matiques.[4] Le m&#234;me m&#233;canisme partout. Le professionnel r&#233;duit sa surface d&#8217;attaque au lieu de servir sa mission.</p><p></p><h2>L&#8217;inversion du mandat</h2><p>Le mandat officiel des ordres professionnels au Canada est la &#8220;protection du public&#8221;.[5] R&#233;fl&#233;chissez &#224; ce que la loyaut&#233; d&#233;fensive veut dire concr&#232;tement.</p><p>Un professionnel qui choisit l&#8217;option la plus conservative, pas parce que c&#8217;est mieux pour le patient, mais parce que c&#8217;est plus s&#233;curitaire pour sa carri&#232;re. Une pratique qui se bureaucratise tranquillement, o&#249; le r&#233;flexe n&#8217;est plus &#8220;qu&#8217;est-ce qui est le mieux pour ce patient?&#8221; mais &#8220;qu&#8217;est-ce qui ne me mettra pas dans le trouble?&#8221;.</p><p>En m&#233;decine, on conna&#238;t bien le ph&#233;nom&#232;ne. La m&#233;decine d&#233;fensive, prescrire des tests inutiles, &#233;viter des interventions justifi&#233;es mais risqu&#233;es, documenter pour se prot&#233;ger plut&#244;t que pour soigner, est un probl&#232;me document&#233; depuis des d&#233;cennies.[6] Mais on ne l&#8217;a jamais nomm&#233; pour ce qu&#8217;il est : le r&#233;sultat pr&#233;visible d&#8217;un monopole institutionnel qui a ferm&#233; la d&#233;fection et la prise de parole en m&#234;me temps.</p><p>Le mandat de protection du public finit par produire son exact contraire.</p><p></p><h2>Ce qui commence &#224; bouger</h2><p>L&#8217;Alberta a adopt&#233; en d&#233;cembre 2025 le Regulated Professions Neutrality Act (Bill 13).[7] C&#8217;est la premi&#232;re loi au Canada qui limite le pouvoir des ordres professionnels sur plusieurs fronts en m&#234;me temps. La loi restreint la capacit&#233; des ordres &#224; discipliner leurs membres pour des propos et des comportements tenus hors du travail. Elle limite les formations obligatoires &#224; ce qui est directement li&#233; &#224; la comp&#233;tence professionnelle et &#224; l&#8217;&#233;thique. Elle impose un standard de r&#233;vision judiciaire plus strict, ce qui veut dire que les tribunaux cessent de d&#233;f&#233;rer aux d&#233;cisions des ordres et exercent leur propre jugement ind&#233;pendant. La loi s&#8217;applique &#224; plus de 100 professions r&#233;glement&#233;es.</p><p>Ce n&#8217;est pas une restauration de la d&#233;fection. Ce n&#8217;est pas non plus une restauration compl&#232;te de la prise de parole. Mais c&#8217;est une reconnaissance l&#233;gislative que les ordres sont all&#233;s trop loin. Ce qui est frappant, c&#8217;est que cette r&#233;forme ne vient pas de l&#8217;int&#233;rieur. Les ordres ne se r&#233;forment pas d&#8217;eux-m&#234;mes.</p><p>Bruce Pardy (professeur de droit, Queen&#8217;s University) d&#233;crit le ph&#233;nom&#232;ne plus large comme la d&#233;l&#233;gation du pouvoir l&#233;gislatif par les parlements &#224; des organismes non &#233;lus, ce qu&#8217;il appelle la &#8220;paresse l&#233;gislative&#8221;.[8] Les parlements transf&#232;rent leur responsabilit&#233;, les ordres accumulent le pouvoir, et les professionnels paient la facture en silence.</p><p>La question n&#8217;est pas de savoir si les ordres professionnels devraient exister. C&#8217;est de savoir si une institution qui concentre les pouvoirs l&#233;gislatif, ex&#233;cutif et judiciaire, financ&#233;e par les cotisations obligatoires de ses propres membres, sans contre-pouvoir externe, peut &#233;viter de produire la loyaut&#233; d&#233;fensive.</p><p>L&#8217;architecture du syst&#232;me rend la r&#233;ponse pr&#233;visible. Le probl&#232;me n&#8217;est pas les individus. C&#8217;est la structure.</p><p>Les pharmaciens sont de plus en plus nombreux &#224; d&#233;noncer l&#8217;OPQ et le syndic. Mais personne ne nomme la cause de cet exc&#232;s de z&#232;le : la concentration des pouvoirs l&#233;gislatif, ex&#233;cutif et judiciaire dans un seul organisme, rendue possible par un Parlement qui a pr&#233;f&#233;r&#233; d&#233;l&#233;guer plut&#244;t que l&#233;gif&#233;rer. </p><p>En d&#233;l&#233;guant la r&#233;gulation aux ordres, le Parlement a aussi d&#233;l&#233;gu&#233; la justice. </p><p>Le professionnel accus&#233; se retrouve jug&#233; par un syst&#232;me para-judiciaire interne &#224; l&#8217;institution m&#234;me qui l&#8217;accuse, et la plupart n&#8217;ont pas les moyens de porter leur cause devant un vrai tribunal. </p><p>Ce sont ces conditions qui permettent aux ordres d&#8217;accumuler tous les pouvoirs, de devenir autoritaires, et ultimement de nuire au public qu&#8217;ils pr&#233;tendent prot&#233;ger en provoquant chez leurs membres une peur de pratiquer pleinement leur profession.&#8203;&#8203;&#8203;&#8203;&#8203;&#8203;&#8203;&#8203;&#8203;&#8203;&#8203;&#8203;&#8203;&#8203;&#8203;&#8203;</p><p>C&#8217;est &#231;a qu&#8217;il faut changer. Pas le syndic. Le syst&#232;me qui lui donne ce pouvoir sans garde-fou.</p><p></p><p><em>Dans le prochain article, j&#8217;utiliserai le cadre de l&#8217;&#233;conomiste Thomas Sowell pour r&#233;pondre &#224; une question simple : pourquoi les bonnes intentions r&#233;glementaires produisent-elles si souvent le contraire de leur objectif?</em></p><p></p><h2>Notes</h2><p>[1] Code des professions du Qu&#233;bec, art. 32 et suivants.</p><p>[2] L&#8217;ordre r&#233;dige ses normes de pratique (l&#233;gislatif), le syndic enqu&#234;te et accuse (ex&#233;cutif), le conseil de discipline juge (judiciaire). Bruce Pardy identifie cette concentration comme l&#8217;&#8220;Unholy Trinity&#8221; de l&#8217;&#201;tat administratif canadien. Voir Pardy, &#8220;Professions Are the Cartels of Our Managerial Age&#8221;, Epoch Times, octobre 2023.</p><p>[3] Albert O. Hirschman, Exit, Voice, and Loyalty (Harvard University Press, 1970), traduit en fran&#231;ais sous le titre D&#233;fection et prise de parole (1972).</p><p>[4] Situations fictives pour illustrer le m&#233;canisme.</p><p>[5] Code des professions du Qu&#233;bec, art. 23.</p><p>[6] Studdert et al., &#8220;Defensive Medicine Among High-Risk Specialist Physicians in a Volatile Malpractice Environment&#8221;, JAMA, 2005.</p><p>[7] Regulated Professions Neutrality Act (Bill 13), sanctionn&#233; le 11 d&#233;cembre 2025 par l&#8217;Assembl&#233;e l&#233;gislative de l&#8217;Alberta.</p><p>[8] Bruce Pardy, entrevue Pardy-Peterson, podcast &#233;pisode 442. Pardy, op. cit.</p><p></p><p><em>Alexandre est pharmacien propri&#233;taire &#224; Qu&#233;bec. Il &#233;crit sur la sant&#233;, la gouvernance et les syst&#232;mes qui fonctionnent &#8230; ou pas.</em></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Les bonnes intentions ne suffisent pas]]></title><description><![CDATA[Milton Friedman et l&#8217;art de se faire mal en voulant bien faire]]></description><link>https://lab.alexandreung.com/p/les-bonnes-intentions-ne-suffisent</link><guid isPermaLink="false">https://lab.alexandreung.com/p/les-bonnes-intentions-ne-suffisent</guid><dc:creator><![CDATA[Alex Ung]]></dc:creator><pubDate>Sat, 07 Mar 2026 01:40:18 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!a4Vn!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2Fd39e34a1-ddcf-43f8-9205-b2210b477be1_1280x1280.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p><strong>Milton Friedman et l&#8217;art de se faire mal en voulant bien faire</strong></p><p><em>Cet article est le deuxi&#232;me d&#8217;une s&#233;rie sur les causes profondes des &#233;checs de notre syst&#232;me de sant&#233;. Le premier, <a href="https://open.substack.com/pub/alexung/p/la-mefiance-coute-plus-cher-que-la">&#171; La m&#233;fiance co&#251;te plus cher que la confiance &#187;</a>, posait le constat. Celui-ci commence &#224; expliquer pourquoi.</em></p><h2><strong>Le lunch &#224; 65 milliards</strong></h2><p>Imaginez que je vous invite au restaurant. Vous commandez. Filet mignon, merci. Ch&#226;teau Margaux, bien s&#251;r. Dessert? Pourquoi pas deux. Apr&#232;s tout, ce n&#8217;est pas vous qui payez.</p><p>Maintenant, imaginez autre chose. Je vous donne ma carte de cr&#233;dit et je vous dis: &#171; Va acheter un lunch pour quelqu&#8217;un que tu ne connais pas. &#187; Vous ne payez pas. Vous ne mangez pas non plus. Vous ne savez pas ce que l&#8217;autre aime, ni s&#8217;il a faim, ni s&#8217;il est allergique aux noix. Vous achetez quelque chose de &#171; correct &#187;. Pas trop cher, pas trop bon, pas vraiment adapt&#233; &#8212; mais d&#233;fendable.</p><p>Milton Friedman, prix Nobel d&#8217;&#233;conomie en 1976 [1], avait r&#233;sum&#233; cette logique en une matrice simple. Il existe quatre fa&#231;ons de d&#233;penser de l&#8217;argent [2].</p><p><strong>Premi&#232;rement: </strong><em>vous d&#233;pensez votre argent pour vous-m&#234;me</em>. Vous faites attention au prix et &#224; la qualit&#233;. C&#8217;est l&#8217;&#233;picerie du mardi soir.</p><p><strong>Deuxi&#232;mement:</strong> <em>vous d&#233;pensez votre argent pour quelqu&#8217;un d&#8217;autre</em>. Vous faites attention au prix, mais un peu moins &#224; la qualit&#233; &#8212; parce que vous ne savez pas exactement ce que l&#8217;autre veut. C&#8217;est le cadeau de No&#235;l pour votre belle-s&#339;ur.</p><p><strong>Troisi&#232;mement</strong>: <em>vous d&#233;pensez l&#8217;argent de quelqu&#8217;un d&#8217;autre pour vous-m&#234;me</em>. Vous ne regardez plus le prix, mais vous faites tr&#232;s attention &#224; la qualit&#233;. C&#8217;est le lunch sur le compte de d&#233;penses.</p><p><strong>Quatri&#232;mement</strong>: <em><strong>vous</strong> d&#233;pensez l&#8217;argent de quelqu&#8217;un d&#8217;autre pour quelqu&#8217;un d&#8217;autre</em>. Vous ne faites attention ni au prix, ni &#224; la qualit&#233;. Vous n&#8217;avez aucun incitatif &#224; optimiser quoi que ce soit.</p><p>Friedman ajoutait, avec le calme d&#8217;un homme qui a pass&#233; sa vie &#224; &#233;tudier les institutions: &#171; Et &#231;a, c&#8217;est le gouvernement. &#187;</p><p></p><p>Le budget sant&#233; du Qu&#233;bec pour 2025-2026 est de 65,5 milliards de dollars [3]. C&#8217;est 42% du budget total de la province. C&#8217;est le poste de d&#233;penses le plus important, et de loin.</p><p>Ces 65,5 milliards, ce sont vos imp&#244;ts. Ce n&#8217;est l&#8217;argent de personne en particulier &#8212; et c&#8217;est d&#233;pens&#233; pour tout le monde en g&#233;n&#233;ral. Les fonctionnaires qui les allouent ne les ont pas gagn&#233;s. Les patients qui en b&#233;n&#233;ficient ne les ont pas choisis. Les professionnels qui les re&#231;oivent n&#8217;ont pas n&#233;goci&#233; leur valeur sur un march&#233;.</p><p>C&#8217;est la cat&#233;gorie IV de Friedman. L&#8217;argent de quelqu&#8217;un d&#8217;autre, d&#233;pens&#233; pour quelqu&#8217;un d&#8217;autre.</p><p>Le r&#233;sultat? Le Qu&#233;bec d&#233;pense plus en sant&#233; par habitant que jamais dans son histoire &#8212; et le syst&#232;me n&#8217;a jamais &#233;t&#233; aussi difficile d&#8217;acc&#232;s. En 2024, seulement 72% des Qu&#233;b&#233;cois avaient un m&#233;decin de famille, contre 82% cinq ans plus t&#244;t [4]. La liste d&#8217;attente du Guichet d&#8217;acc&#232;s compte des centaines de milliers de noms. Le d&#233;ficit du r&#233;seau est en milliards.</p><p></p><h2><strong>La loi 2 &#8212; ou comment d&#233;penser 435 millions pour ne rien r&#233;soudre</strong></h2><p>En 2025, le gouvernement du Qu&#233;bec a adopt&#233; la loi 2 sous b&#226;illon &#8212; une loi for&#231;ant les m&#233;decins &#224; prendre en charge un nombre minimum de patients, sous peine de sanctions financi&#232;res [5].</p><p>Le principe: si les m&#233;decins ne veulent pas voir assez de patients, on les obligera.</p><p>Le r&#233;sultat: la F&#233;d&#233;ration des m&#233;decins omnipraticiens du Qu&#233;bec (FMOQ) a ripost&#233;. En quelques semaines, le gouvernement a d&#251; revenir &#224; la table. L&#8217;entente qui en a r&#233;sult&#233; a co&#251;t&#233; 434,7 millions de dollars &#8212; essentiellement pour payer les m&#233;decins &#224; faire ce qu&#8217;ils faisaient d&#233;j&#224;, avec quelques ajustements &#224; la marge.</p><p>Friedman aurait pr&#233;dit cette issue. Quand vous essayez de forcer un groupe en position de monopole &#224; changer son comportement, le groupe ne se soumet pas &#8212; il n&#233;gocie. Il n&#233;gocie avec un avantage: il contr&#244;le l&#8217;offre. La loi 2 n&#8217;a pas ajout&#233; un seul m&#233;decin au syst&#232;me. Elle a ajout&#233; 435 millions de dollars &#224; la facture.</p><p>Pendant ce temps, 200 m&#233;decins qu&#233;b&#233;cois ont demand&#233; un permis de pratique en Ontario &#8212; contre 19 l&#8217;ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Le signal est clair: les m&#233;decins ont le pouvoir de quitter. Le gouvernement a le pouvoir de d&#233;penser. Le patient, lui, n&#8217;a aucun pouvoir du tout.</p><p></p><h2><strong>3600 patients</strong></h2><p>Pendant qu&#8217;on n&#233;gocie avec les m&#233;decins, il existe au Qu&#233;bec des professionnelles qui pourraient prendre en charge des milliers de patients orphelins: les infirmi&#232;res praticiennes sp&#233;cialis&#233;es (IPS).</p><p>Form&#233;es, comp&#233;tentes, pr&#234;tes. En janvier 2026, environ 3 600 patients sont suivis par des IPS en groupes de m&#233;decine familiale [6]. Sur des centaines de milliers en attente.</p><p>Pourquoi? Pas parce que les IPS sont incomp&#233;tentes. Pas parce que les patients n&#8217;en veulent pas. Parce que &#171; des travaux sont en cours &#187; au niveau administratif.</p><p>La pr&#233;sidente de leur association a dit publiquement ce que Friedman aurait dit en termes plus polis: donnez-nous les moyens. On attend juste &#231;a.</p><p>Friedman avait une formulation qui r&#233;sume parfaitement cette dynamique. Il disait que le mal produit par les agences gouvernementales ne r&#233;sulte pas de d&#233;fauts chez les personnes qui y travaillent. Beaucoup sont comp&#233;tentes et d&#233;vou&#233;es. Mais les pressions sociales, politiques et &#233;conomiques qui s&#8217;exercent sur eux d&#233;terminent leur comportement bien plus que leurs intentions personnelles.</p><p>Ce n&#8217;est pas un probl&#232;me de personnes. C&#8217;est un probl&#232;me <em>d&#8217;incitatifs</em>.</p><p></p><h2><strong>Le cartel invisible</strong></h2><p>Dans Capitalism and Freedom (1962), Friedman avait provoqu&#233; un toll&#233; en qualifiant l&#8217;American Medical Association &#8212; l&#8217;ordre professionnel des m&#233;decins am&#233;ricains &#8212; du syndicat le plus puissant du pays [7]. Sa th&#232;se: les ordres professionnels qui contr&#244;lent l&#8217;acc&#232;s &#224; une profession ne prot&#232;gent pas principalement le public. Ils prot&#232;gent principalement les membres de la profession.</p><p>Il ne disait pas que la formation m&#233;dicale est inutile. Il disait que quand on donne &#224; un groupe le pouvoir de d&#233;cider qui peut et qui ne peut pas pratiquer, les barri&#232;res &#224; l&#8217;entr&#233;e finissent par servir ceux qui sont d&#233;j&#224; &#224; l&#8217;int&#233;rieur.</p><p>Je suis pharmacien. J&#8217;ai fait quatre ans d&#8217;universit&#233;, un baccalaur&#233;at en pharmacie, un stage de 600 heures, un examen national, une inscription &#224; l&#8217;Ordre. Je suis form&#233; pour &#233;valuer des patients, ajuster des m&#233;dicaments, prescrire dans certaines conditions, administrer des vaccins, prendre en charge des maladies chroniques.</p><p>Malgr&#233; tout &#231;a, je dois r&#233;guli&#232;rement demander la permission &#224; un fonctionnaire &#8212; ou attendre qu&#8217;une loi soit modifi&#233;e, qu&#8217;un r&#232;glement soit publi&#233;, qu&#8217;un comit&#233; rende ses &#171; travaux &#187; &#8212; avant de pouvoir faire ce pour quoi je suis form&#233;.</p><p>La loi 67 au Qu&#233;bec vise justement &#224; &#233;largir le champ de pratique des pharmaciens. C&#8217;est une avanc&#233;e. Mais pourquoi est-ce que &#231;a prend une loi pour qu&#8217;un professionnel form&#233; puisse utiliser sa formation? Pourquoi est-ce que l&#8217;&#201;tat doit autoriser ce qui devrait &#234;tre le r&#233;sultat naturel de la comp&#233;tence?</p><p>Friedman nous forcerait &#224; poser la question autrement: &#224; qui profite la restriction?</p><p>Le patient qui attend six mois pour voir un m&#233;decin &#8212; est-ce qu&#8217;il est &#171; prot&#233;g&#233; &#187; par le fait que son pharmacien n&#8217;a pas le droit de le prendre en charge? La femme de 82 ans sans m&#233;decin de famille &#8212; est-ce qu&#8217;elle est mieux servie par un syst&#232;me qui la met sur une liste d&#8217;attente plut&#244;t que de la confier au pharmacien qu&#8217;elle voit tous les mois?</p><p>Friedman observait que quand on bloque l&#8217;entr&#233;e dans un domaine, on cr&#233;e l&#8217;incitatif &#224; contourner le syst&#232;me. L&#8217;ost&#233;opathie, la chiropractie, la naturopathie &#8212; pas des accidents, des cons&#233;quences pr&#233;visibles d&#8217;un syst&#232;me qui cr&#233;e artificiellement une raret&#233; de soins de premi&#232;re ligne. Le march&#233; priv&#233; qui explose au Qu&#233;bec &#8212; 3 000$ &#224; 5 000$ par ann&#233;e pour trois visites et un test sanguin [8] &#8212; ce n&#8217;est pas un &#233;chec du march&#233;. C&#8217;est la cons&#233;quence pr&#233;visible d&#8217;un syst&#232;me public qui rationne l&#8217;acc&#232;s.</p><p></p><h2><strong>Le rationnement invisible</strong></h2><p>Friedman posait une question que personne au Qu&#233;bec ne veut entendre: quand un service est &#171; gratuit &#187;, comment est-il rationn&#233;?</p><p>Parce qu&#8217;il est toujours rationn&#233;. Quand le prix est z&#233;ro, la demande exc&#232;de l&#8217;offre &#8212; c&#8217;est une loi aussi fiable que la gravit&#233;. La question n&#8217;est pas si on rationne, mais comment.</p><p>Dans un syst&#232;me de march&#233;, le rationnement se fait par le prix. C&#8217;est imparfait. C&#8217;est parfois cruel. &#199;a m&#233;rite un d&#233;bat s&#233;rieux.</p><p>Dans un syst&#232;me public sans prix, le rationnement se fait par le temps. Par l&#8217;attente. Par la file. Par le Guichet d&#8217;acc&#232;s et ses centaines de milliers de noms. Par les mois avant de voir un sp&#233;cialiste. Par les heures aux urgences.</p><p>Friedman faisait remarquer que le rationnement par le temps est peut-&#234;tre le plus injuste des deux. Parce que le temps n&#8217;est pas distribu&#233; &#233;galement. L&#8217;avocat peut se permettre d&#8217;attendre un apr&#232;s-midi &#8212; il ajustera son horaire. Le parent monoparental qui travaille deux emplois ne peut pas. Le retrait&#233; avec une pension confortable peut naviguer le syst&#232;me &#8212; la m&#232;re immigrante qui ne parle pas fran&#231;ais ne peut pas.</p><p>Le syst&#232;me public pr&#233;tend &#234;tre &#233;quitable parce qu&#8217;il est &#171; gratuit &#187;. Mais il ne fait que remplacer une forme de rationnement visible &#8212; le prix &#8212; par une forme de rationnement invisible &#8212; le temps. Cette forme invisible p&#233;nalise syst&#233;matiquement ceux qui ont le moins de marge dans leur vie.</p><p>Je le vois tous les jours dans ma pharmacie. Les patients qui ont le plus besoin de soins sont ceux qui ont le moins de temps, le moins de ressources, et le moins de capacit&#233; &#224; naviguer la bureaucratie. Le syst&#232;me dit qu&#8217;il les prot&#232;ge. Dans les faits, il les fait attendre.</p><p></p><h2><strong>Quand l&#8217;&#233;chec nourrit l&#8217;expansion</strong></h2><p>Friedman avait une observation brutale sur les institutions publiques. Il disait: si une entreprise priv&#233;e &#233;choue, elle ferme. Si un programme gouvernemental &#233;choue, on l&#8217;agrandit.</p><p>Pensez &#224; la trajectoire du syst&#232;me de sant&#233; qu&#233;b&#233;cois sur les vingt derni&#232;res ann&#233;es.</p><p>Le syst&#232;me est en crise &#8594; on cr&#233;e les CSSS. Les CSSS &#233;chouent &#8594; on fusionne tout dans les CISSS et les CIUSSS. Les CISSS &#233;chouent &#8594; on cr&#233;e Sant&#233; Qu&#233;bec. &#192; chaque &#233;tape, le budget augmente. Le nombre de fonctionnaires augmente. Le nombre de niveaux hi&#233;rarchiques augmente. Le nombre de patients sans m&#233;decin de famille&#8230; augmente aussi.</p><p>Le budget sant&#233; est pass&#233; de 43 milliards en 2018-2019 &#224; 65,5 milliards en 2025-2026 [3]. C&#8217;est une augmentation de 52% en sept ans. Pendant cette m&#234;me p&#233;riode, le taux d&#8217;inscription &#224; un m&#233;decin de famille est pass&#233; de 82% &#224; 72% [4].</p><p>Plus d&#8217;argent. Moins de r&#233;sultats. La r&#233;ponse, &#224; chaque fois: &#171; Il faut investir davantage. &#187;</p><p>Friedman appelait &#231;a la &#171; tyrannie du statu quo &#187;. L&#8217;inertie bureaucratique qui fait que chaque programme, une fois cr&#233;&#233;, d&#233;veloppe sa propre client&#232;le, ses propres d&#233;fenseurs, et devient pratiquement impossible &#224; abolir &#8212; m&#234;me quand il &#233;choue.</p><p></p><h2><strong>Ce que Friedman ne dit pas</strong></h2><p>Friedman n&#8217;est pas un guide parfait. Il &#233;crivait dans le contexte am&#233;ricain des ann&#233;es 1960-1980, o&#249; le syst&#232;me priv&#233; dominait. Ses critiques visent aussi le syst&#232;me am&#233;ricain &#8212; qui d&#233;pense plus que tout le monde et ne couvre pas tout le monde.</p><p>Je ne propose pas d&#8217;abolir l&#8217;assurance-maladie. Je ne propose pas que les gens paient de leur poche pour une chirurgie cardiaque. Le filet de s&#233;curit&#233; a une valeur &#8212; et la solidarit&#233; n&#8217;est pas un gaspillage.</p><p>Ce que Friedman nous force &#224; voir, c&#8217;est que les bonnes intentions ne produisent pas automatiquement de bons r&#233;sultats. Que la structure des incitatifs d&#233;termine les comportements &#8212; pas la vertu des individus. Que quand personne ne paie le vrai prix et que personne ne choisit pour soi-m&#234;me, l&#8217;efficacit&#233; s&#8217;effondre in&#233;vitablement.</p><p>Le probl&#232;me du syst&#232;me de sant&#233; qu&#233;b&#233;cois n&#8217;est pas que les gens qui y travaillent sont mauvais. C&#8217;est que le syst&#232;me dans lequel ils travaillent leur enl&#232;ve toute raison d&#8217;&#234;tre efficaces.</p><p>Mais cela soul&#232;ve une question encore plus profonde. Si le probl&#232;me des incitatifs explique le gaspillage et l&#8217;inefficacit&#233;, il ne suffit pas &#224; expliquer pourquoi le syst&#232;me est structurellement incapable de s&#8217;auto-corriger. Pour comprendre &#231;a, il faut aller un cran plus profond &#8212; vers un probl&#232;me que les bureaucrates ne peuvent pas r&#233;soudre, m&#234;me avec les meilleures intentions et les meilleurs incitatifs du monde.</p><p>Un &#233;conomiste autrichien du nom de Friedrich Hayek a d&#233;montr&#233; en 1945 que cette hypoth&#232;se est structurellement fausse. C&#8217;est l&#224; &#8212; dans ce probl&#232;me de connaissance que personne ne veut voir &#8212; que r&#233;side la cause profonde de tout ce qu&#8217;on vient de d&#233;crire.</p><p>C&#8217;est le sujet du prochain article.</p><p></p><h3><strong>Notes</strong></h3><p>[1] Prix Nobel d&#8217;&#233;conomie 1976, d&#233;cern&#233; &#171; pour ses accomplissements dans les domaines de l&#8217;analyse de la consommation, de l&#8217;histoire et de la th&#233;orie mon&#233;taire, et pour sa d&#233;monstration de la complexit&#233; des politiques de stabilisation. &#187; Nobelprize.org.</p><p>[2] Milton Friedman, Free to Choose: A Personal Statement, Harcourt, 1980, pp. 115-119. La matrice des quatre fa&#231;ons de d&#233;penser est pr&#233;sent&#233;e dans le chapitre 4, &#171; Cradle to Grave &#187;.</p><p>[3] Gouvernement du Qu&#233;bec, Budget de d&#233;penses 2025-2026 &#8212; Cr&#233;dits des minist&#232;res et organismes. Le budget sant&#233; &#233;tait de 43 G$ en 2018-2019 et atteint 65,5 G$ en 2025-2026, soit 42% du budget total provincial.</p><p>[4] Statistique Canada et MSSS, donn&#233;es sur l&#8217;inscription aupr&#232;s d&#8217;un m&#233;decin de famille au Qu&#233;bec. Le taux est pass&#233; d&#8217;environ 82% en 2019 &#224; 72% en 2024.</p><p>[5] La Presse, &#171; Loi sur l&#8217;acc&#232;s &#224; un m&#233;decin : une facture de 434,7 millions &#187;, 12 d&#233;cembre 2025. Co&#251;t additionnel associ&#233; &#224; l&#8217;entente avec les omnipraticiens d&#233;coulant de la loi 2/25.</p><p>[6] La Presse, &#171; Seulement 3600 patients pris en charge par des infirmi&#232;res praticiennes sp&#233;cialis&#233;es &#187;, 23 janvier 2026. Donn&#233;es RAMQ : 28 IPS en GMF ont inscrit 3 634 patients via un m&#233;canisme d&#8217;exception, sur environ 1 100 IPS en GMF disponibles mais non autoris&#233;es &#224; inscrire.</p><p>[7] Milton Friedman, Capitalism and Freedom, University of Chicago Press, 1962, chapitre 9. Friedman y qualifie l&#8217;AMA du syndicat le plus puissant des &#201;tats-Unis et argumente que les ordres professionnels servent davantage les int&#233;r&#234;ts de leurs membres que ceux du public.</p><p>[8] Estimation bas&#233;e sur les tarifs courants des cliniques m&#233;dicales priv&#233;es au Qu&#233;bec (2024-2025). Les forfaits annuels varient typiquement entre 3 000$ et 5 000$ pour un acc&#232;s de base incluant quelques consultations et analyses.</p><p><em>Alexandre est pharmacien propri&#233;taire &#224; Qu&#233;bec. Il &#233;crit sur la sant&#233;, la gouvernance et les syst&#232;mes qui fonctionnent &#8212; ou pas.</em></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[La méfiance coûte plus cher que la confiance]]></title><description><![CDATA[Ce que la loi 2 r&#233;v&#232;le sur notre fa&#231;on de diriger]]></description><link>https://lab.alexandreung.com/p/la-mefiance-coute-plus-cher-que-la</link><guid isPermaLink="false">https://lab.alexandreung.com/p/la-mefiance-coute-plus-cher-que-la</guid><dc:creator><![CDATA[Alex Ung]]></dc:creator><pubDate>Tue, 16 Dec 2025 04:52:09 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!a4Vn!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2Fd39e34a1-ddcf-43f8-9205-b2210b477be1_1280x1280.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>En octobre 2025, le gouvernement du Qu&#233;bec a adopt&#233; la loi 2 pour forcer les m&#233;decins &#224; performer. Deux mois plus tard, il a recul&#233; sur presque tout &#8212; et pay&#233; 435 millions de plus. C&#8217;est ce qui arrive quand on gouverne par la m&#233;fiance: fuite des talents, effets pervers, co&#251;ts explosifs. Or, le m&#234;me paradigme de contr&#244;le &#233;touffe la pharmacie communautaire au Qu&#233;bec depuis des d&#233;cennies. Voici pourquoi je fais le choix inverse dans ma pharmacie &#8212; et pourquoi &#231;a fonctionne.</p><div><hr></div><div class="subscription-widget-wrap-editor" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://lab.alexandreung.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;S'abonner&quot;,&quot;language&quot;:&quot;fr&quot;}" data-component-name="SubscribeWidgetToDOM"><div class="subscription-widget show-subscribe"><div class="preamble"><p class="cta-caption">Merci de lire ! Abonnez-vous gratuitement pour recevoir de nouveaux posts et soutenir mon travail.</p></div><form class="subscription-widget-subscribe"><input type="email" class="email-input" name="email" placeholder="Tapez votre e-mail&#8230;" tabindex="-1"><input type="submit" class="button primary" value="S'abonner"><div class="fake-input-wrapper"><div class="fake-input"></div><div class="fake-button"></div></div></form></div></div><p>Il existe deux fa&#231;ons de gouverner une organisation.</p><p>La premi&#232;re part du principe que les gens vont tricher, abuser ou mal performer si on ne les surveille pas. Donc on construit des contr&#244;les coercitifs.</p><p>La deuxi&#232;me part du principe que la plupart des gens veulent bien faire. Donc on construit des syst&#232;mes qui permet et supportent l&#8217;excellence.</p><p>Peter Drucker, le p&#232;re du management moderne, a pass&#233; sa vie &#224; observer ce que ces deux visions produisent concr&#232;tement. Ses conclusions sont sans &#233;quivoque.</p><div><hr></div><p><strong>Deux paradigmes, deux r&#233;sultats</strong></p><p><strong>Paradigme A: Gouverner pour contr&#244;ler les m&#233;faits</strong></p><p>Pr&#233;somption: Les gens vont tricher, abuser ou mal performer si on ne les surveille pas.</p><p>Ce que &#231;a produit:</p><ul><li><p>Prolif&#233;ration des contr&#244;les &#8212; Chaque probl&#232;me g&#233;n&#232;re une nouvelle r&#232;gle, un nouveau formulaire, une nouvelle approbation, un nouvel audit.</p></li><li><p>D&#233;responsabilisation &#8212; <em>&#8220;J&#8217;ai suivi le protocole&#8221;</em> remplace <em>&#8220;J&#8217;ai fait ce qui &#233;tait bien ou requis.&#8221;</em></p></li><li><p>Fuite des talents &#8212; Les plus performants partent (trop de friction), et le syst&#232;me prot&#232;ge ceux qu&#8217;il devrait challenger.</p></li><li><p>Innovation tu&#233;e &#8212; Innover = faire quelque chose de nouveau = risque de non-conformit&#233;.</p><ul><li><p>On n&#8217;innove pas et les esprits cr&#233;atifs, ceux qui voient des solutions l&#224; o&#249; d&#8217;autres voient des contraintes, vont chercher leur exutoire ailleurs &#8212; dans des provinces o&#249; on les supportera plut&#244;t que de les r&#233;primer.</p></li><li><p>On perd les individus qui veulent moderniser nos pratiques Qu&#233;b&#233;coises</p></li><li><p>On dissuade les meilleurs innovateurs des autres provinces et pays &#224; venir au Qu&#233;bec versus d&#8217;autres soci&#233;t&#233; plus encourageante et accueillante &#224; leur endroit.</p></li></ul></li><li><p>Co&#251;ts administratifs explosifs &#8212; Une arm&#233;e de gens pour surveiller, auditer, approuver, documenter. C&#8217;est l&#8217;inversion de la pyramide : quand l&#8217;appareil de contr&#244;le devient plus imposant que l&#8217;appareil de production.</p><ul><li><p>Les universit&#233;s am&#233;ricaines en sont l&#8217;exemple caricatural &#8212; entre 1975 et 2005, le nombre d&#8217;administrateurs a augment&#233; de 85%, et le nombre de personnel administratif de 240%, alors que le corps professoral suivait &#224; peine la croissance des inscriptions.<sup> [21]</sup></p></li><li><p>Le r&#233;seau de la sant&#233; qu&#233;b&#233;cois suit la m&#234;me trajectoire :</p><ul><li><p>entre 2000 et 2010, le personnel administratif a cr&#251; de 52% et les cadres de 30%, pendant que le personnel soignant n&#8217;augmentait que de 6%.<sup>[22]</sup></p></li><li><p>Malgr&#233; les r&#233;formes successives qui promettaient de &#171; sabrer dans la bureaucratie &#187;, la tendance s&#8217;est maintenue &#8212; en 2025, la nouvelle agence Sant&#233; Qu&#233;bec compte 12% plus de hauts dirigeants qu&#8217;avant la r&#233;forme, et la masse salariale de ses dirigeants a presque doubl&#233; en un an.<sup> [23]</sup></p></li></ul></li></ul></li><li><p>Proph&#233;tie auto-r&#233;alisatrice &#8212; <strong>Vous traitez</strong> les gens comme des incomp&#233;tents paresseux potentiels, ils finissent par agir comme tels.</p></li></ul><p><strong>Paradigme B: Gouverner pour faciliter les bienfaits</strong></p><p>Pr&#233;somption: La plupart des gens veulent bien faire. Notre r&#244;le de dirigeant est de leur donner les moyens d&#8217;exceller.</p><p>Ce que &#231;a produit:</p><ul><li><p>Structures l&#233;g&#232;res &#8212; Peu de r&#232;gles, mais claires. On g&#232;re les exceptions, pas la norme.</p></li><li><p>Responsabilisation &#8212; Les gens sont propri&#233;taires de leurs r&#233;sultats, pas de leur conformit&#233;.</p></li><li><p>Attraction des talents &#8212; Les performants veulent de l&#8217;autonomie. Ils viennent l&#224; o&#249; on leur fait confiance.</p></li><li><p>Innovation naturelle &#8212; L&#8217;&#233;chec est tol&#233;r&#233;, l&#8217;inertie ne l&#8217;est pas.</p></li><li><p>Co&#251;ts administratifs faibles &#8212; Moins de surveillants, plus de producteurs.</p></li><li><p>Cercle vertueux &#8212; Vous me faites confiance, je veux m&#233;riter cette confiance.</p></li></ul><div><hr></div><p><strong>Ce que Drucker nous enseigne</strong></p><p><em>&#8220;Management is about human beings. Its task is to make people capable of joint performance, to make their strengths effective and their weaknesses irrelevant.&#8221;<sup>[1]</sup></em></p><p>Pas pour surveiller les faiblesses.</p><p><em>&#8220;What gets measured gets managed.&#8221;<sup>[2]</sup></em></p><p>Si <strong>vous mesurez</strong> la conformit&#233;, <strong>vous obtenez</strong> de la conformit&#233;. Si <strong>vous mesurez</strong> l&#8217;impact, <strong>vous obtenez</strong> de l&#8217;impact.</p><p><em>&#8220;Culture eats strategy for breakfast.&#8221;<sup>[3]</sup></em></p><p>Une organisation b&#226;tie sur la m&#233;fiance produira de la m&#233;fiance, peu importe ses objectifs d&#233;clar&#233;s.</p><p>Ces principes semblent &#233;vidents. Pourtant, le Qu&#233;bec vient de d&#233;montrer en temps r&#233;el ce qui arrive quand on les ignore.</p><div><hr></div><p><strong>La loi 2: un cas classique du Paradigme A</strong></p><p>En octobre 2025, le gouvernement du Qu&#233;bec a adopt&#233; sous b&#226;illon la loi 2, visant &#224; r&#233;former la r&#233;mun&#233;ration des m&#233;decins.<sup>[4]</sup></p><p><strong>Ce que la loi contenait</strong></p><ul><li><p>R&#233;mun&#233;ration li&#233;e &#224; des cibles de performance &#8212; 10-15% de la paye conditionnelle &#224; l&#8217;atteinte d&#8217;indicateurs impos&#233;s</p></li><li><p>Syst&#232;me de &#8220;pastilles de couleur&#8221; &#8212; Classification des patients par vuln&#233;rabilit&#233; pour moduler la r&#233;mun&#233;ration</p></li><li><p>R&#233;duction drastique des actes facturables &#8212; De 275 actes reconnus &#224; 9</p></li><li><p>Surveillance de l&#8217;assiduit&#233; &#8212; M&#233;canismes pour surveiller et d&#233;noncer les m&#233;decins</p></li><li><p>Interdiction des moyens de pression &#8212; Sous peine de lourdes p&#233;nalit&#233;s financi&#232;res</p></li><li><p>Pouvoir du ministre de modifier les ententes par voie r&#233;glementaire &#8212; Sans n&#233;gociation<sup>[5]</sup></p></li></ul><p><strong>Le message implicite aux m&#233;decins</strong></p><p>&#8220;Vous ne faites pas votre travail correctement. Vous ne prenez pas assez de patients. Vous choisissez les cas faciles. Vous &#234;tes lents. Vous abusez du syst&#232;me. Donc on va vous surveiller, vous contraindre, vous p&#233;naliser et vous forcer &#224; performer selon nos standards.&#8221;</p><p>C&#8217;est le Paradigme A dans sa forme la plus pure.</p><p><strong>Les cons&#233;quences &#8212; exactement ce que Drucker aurait pr&#233;dit</strong></p><p><em>Fuite des talents: </em>Depuis le 1er octobre 2025, plus de 200 m&#233;decins qu&#233;b&#233;cois ont demand&#233; un permis de pratique en Ontario, contre 19 l&#8217;ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente pour la m&#234;me p&#233;riode.<sup>[6]</sup> Au Nouveau-Brunswick, les demandes ont &#233;t&#233; dix fois plus nombreuses qu&#8217;aux mois pr&#233;c&#233;dents.<sup>[7]</sup></p><p>Mais le vrai co&#251;t n&#8217;est pas celui qu&#8217;on mesure. C&#8217;est celui qu&#8217;on ne verra jamais.</p><p>Le m&#233;decin qui aurait form&#233; la prochaine g&#233;n&#233;ration. Le diagnostic pr&#233;coce qui n&#8217;a pas &#233;t&#233; pos&#233;. L&#8217;innovation qui n&#8217;a pas &#233;merg&#233; parce que celui qui l&#8217;aurait port&#233;e a d&#233;cid&#233; de pratiquer maintenant en Ontario.</p><p>Les recherches sur la performance professionnelle montrent que dans les domaines o&#249; le jugement compte &#8212; m&#233;decine, ing&#233;nierie, recherche &#8212; les meilleurs individus produisent souvent 5 &#224; 10 fois plus de valeur que la moyenne.<sup>[20]</sup> Un m&#233;decin exceptionnel ne voit pas simplement plus de patients &#8212; il pose les bons diagnostics plus vite, &#233;vite les cascades d&#8217;investigations inutiles et &#233;l&#232;ve le niveau de toute son &#233;quipe. Sa contribution n&#8217;est pas lin&#233;aire. Elle est multiplicatrice. Quand le syst&#232;me le pousse dehors, on ne perd pas simplement un individu dou&#233;. On perd tout son impact futur.</p><p><em>Quantit&#233; vs. qualit&#233;:</em> Le Coll&#232;ge des m&#233;decins du Qu&#233;bec lui-m&#234;me avertissait qu&#8217;une approche bas&#233;e sur la performance chiffr&#233;e pousse les m&#233;decins &#224; prioriser la quantit&#233; au d&#233;triment de la qualit&#233;.<sup>[9]</sup></p><p><strong>Le recul in&#233;vitable</strong></p><p>Moins de deux mois apr&#232;s l&#8217;adoption de la loi, le gouvernement a d&#251; reculer sur presque tout:<sup>[10]</sup></p><ul><li><p>Abandon des p&#233;nalit&#233;s financi&#232;res en cas de non-atteinte des cibles</p></li><li><p>Abandon de l&#8217;obligation d&#8217;affilier 100% de la population</p></li><li><p>Abandon du pouvoir du ministre de modifier les ententes unilat&#233;ralement</p></li><li><p>Abandon du syst&#232;me de &#8220;pastilles de couleur&#8221;</p></li></ul><p>Et en &#233;change? Une bonification de 434,7 millions de dollars pour les m&#233;decins de famille &#8212; soit 14,5% d&#8217;augmentation.<sup>[11]</sup></p><p>R&#233;sultat net : Le gouvernement a recul&#233; sur presque tout et pay&#233; 435 millions de plus. C&#8217;est le prix de la m&#233;fiance.</p><div><hr></div><p><strong>L&#8217;argument qu&#8217;on entend souvent&#8230; et pourquoi il est trompeur</strong></p><p>On va me r&#233;pondre: &#8220;Mais Alex les Qu&#233;b&#233;cois vivent vieux! L&#8217;esp&#233;rance de vie est parmi les plus &#233;lev&#233;es au Canada!&#8221;</p><p>C&#8217;est vrai, mais c&#8217;est un sophisme.</p><p>Il faut distinguer la sant&#233; de la population de la performance du syst&#232;me de soins. Ce n&#8217;est pas la m&#234;me chose.</p><p><strong>Ce qui d&#233;termine vraiment votre sant&#233;</strong></p><p>Le rapport Lalonde de 1974, une r&#233;f&#233;rence mondiale en sant&#233; publique, identifie quatre cat&#233;gories de d&#233;terminants de la sant&#233;: la biologie humaine, l&#8217;environnement, les habitudes de vie et l&#8217;organisation des soins de sant&#233;.<sup>[12]</sup> Les recherches subs&#233;quentes ont confirm&#233; que les soins m&#233;dicaux ne comptent que pour 10-20% de l&#8217;&#233;tat de sant&#233; d&#8217;une population &#8212; le reste d&#233;pend des habitudes de vie, de l&#8217;environnement et de la g&#233;n&#233;tique.<sup>[13]</sup></p><p>Autrement dit: si les Qu&#233;b&#233;cois vivent vieux, c&#8217;est probablement malgr&#233; leur syst&#232;me de sant&#233;, pas gr&#226;ce &#224; lui.</p><p><strong>En sant&#233; malgr&#233; le syst&#232;me</strong></p><p>Le Qu&#233;bec a un taux d&#8217;ob&#233;sit&#233; de 29%, contre 42% &#224; Terre-Neuve-et-Labrador &#8212; la province avec la plus faible esp&#233;rance de vie au pays. Ce n&#8217;est pas un hasard : la corr&#233;lation entre taux d&#8217;ob&#233;sit&#233; et esp&#233;rance de vie est quasi parfaite d&#8217;une province &#224; l&#8217;autre. La Colombie-Britannique et le Qu&#233;bec, les deux provinces les moins ob&#232;ses, sont aussi celles o&#249; l&#8217;on vit le plus longtemps. Terre-Neuve, la province souffrant le plus d&#8217;ob&#233;sit&#233;, ferme la marche avec cinq ans d&#8217;esp&#233;rance de vie de moins.</p><p>Les Qu&#233;b&#233;cois sont en sant&#233; <em>malgr&#233;</em> un syst&#232;me qui ne livre pas les soins &#224; temps &#8212; pas <em>gr&#226;ce</em> &#224; lui. Le m&#233;rite revient &#224; nos habitudes de vie, pas &#224; nos administrateurs.</p><p><strong>L&#8217;accessibilit&#233; EST une mesure de qualit&#233;</strong></p><p>Dire &#8220;une fois que <strong>vous voyez</strong> le m&#233;decin, il est excellent&#8221; est un sophisme si <strong>vous devez</strong> attendre 20 heures &#224; l&#8217;urgence ou 2 ans pour un m&#233;decin de famille.</p><p>Dissocier la comp&#233;tence m&#233;dicale (le geste technique) du d&#233;lai est une erreur conceptuelle grave. Selon les standards de l&#8217;OMS et de l&#8217;Institute of Medicine, l&#8217;accessibilit&#233; n&#8217;est pas un bonus &#8212; c&#8217;est une composante intrins&#232;que de la qualit&#233;.<sup>[16]</sup></p><p>Les six domaines de la qualit&#233; des soins reconnus mondialement placent la rapidit&#233; (Timeliness) au m&#234;me niveau que l&#8217;efficacit&#233; (Effectiveness) ou la s&#233;curit&#233; (Safety).<sup>[17]</sup></p><p><strong>Pourquoi le d&#233;lai d&#233;grade-t-il la qualit&#233; clinique?</strong></p><ul><li><p><em>Stade de la maladie:</em> Un cancer op&#233;r&#233; au stade 1 (attente courte) n&#8217;est pas la m&#234;me maladie qu&#8217;un cancer op&#233;r&#233; au stade 3 (attente longue). Le geste chirurgical peut &#234;tre parfait dans les deux cas, mais le r&#233;sultat pour le patient est radicalement diff&#233;rent.</p></li><li><p><em>Sant&#233; mentale et douleur:</em> Attendre 18 mois pour une hanche avec une douleur chronique invalidante est un &#233;chec th&#233;rapeutique, m&#234;me si la proth&#232;se est finalement bien pos&#233;e.</p></li><li><p><em>Perte de fonction:</em> Pour un enfant qui attend un orthophoniste ou un psychologue, chaque mois perdu est un retard de d&#233;veloppement parfois irr&#233;cup&#233;rable.</p></li></ul><p><strong>Le Qu&#233;bec selon l&#8217;Institut Fraser</strong></p><p>L&#8217;Institut Fraser mesure deux d&#233;lais cruciaux dans son rapport annuel <em>Waiting Your Turn</em>: le d&#233;lai entre le g&#233;n&#233;raliste et le sp&#233;cialiste, puis le d&#233;lai entre le sp&#233;cialiste et le traitement.<sup>[18]</sup> Sur ces crit&#232;res, le Qu&#233;bec se classe syst&#233;matiquement dans le tiers inf&#233;rieur des provinces canadiennes pour plusieurs sp&#233;cialit&#233;s.</p><p>Michael Porter de Harvard Business School d&#233;finit la valeur en sant&#233; comme les r&#233;sultats obtenus pour le patient divis&#233;s par les co&#251;ts.<sup>[24]</sup> Le Qu&#233;bec d&#233;pense plus de 65 milliards de dollars par ann&#233;e en sant&#233; &#8212; plus de 1,2 milliard par semaine, soit 42 % du budget provincial.<sup>[25]</sup> Le probl&#232;me n&#8217;est pas le manque de ressources. Le probl&#232;me, c&#8217;est o&#249; vont ces ressources. Le gouvernement se concentre sur le contr&#244;le des comportements : surveiller les m&#233;decins, auditer les pharmaciens par la RAMQ, multiplier les formulaires.</p><p>Chaque dollar investi dans la surveillance est un dollar qui ne soigne personne. Le patient, lui, regarde les r&#233;sultats. Est-ce que je vais mieux ? Est-ce que j&#8217;ai attendu six mois pour un diagnostic ? Est-ce que quelqu&#8217;un m&#8217;a &#233;cout&#233; ?</p><p>Le r&#233;sultat : un syst&#232;me qui d&#233;pense massivement mais qui ne performe pas l&#224; o&#249; &#231;a compte &#8212; dans l&#8217;exp&#233;rience et la sant&#233; r&#233;elle du patient.</p><p><strong>Le verdict:</strong> Le syst&#232;me de sant&#233; qu&#233;b&#233;cois livre un produit de haute qualit&#233; avec un service de livraison d&#233;sastreux et puisque le d&#233;lai est un crit&#232;re de qualit&#233;, globalement, la qualit&#233; est affect&#233;e.</p><p>Les Qu&#233;b&#233;cois performent bien. Le syst&#232;me performe mal.</p><p>La r&#233;ponse du gouvernement? Encore plus de contr&#244;le. Encore plus de surveillance. La loi 2.</p><p>C&#8217;est le Paradigme A jusqu&#8217;au bout.</p><div><hr></div><p><strong>La pharmacie communautaire: le Paradigme A institutionnalis&#233;</strong></p><p>La loi 2 n&#8217;est pas un accident isol&#233;. C&#8217;est le sympt&#244;me d&#8217;une philosophie de gouvernance qui impr&#232;gne tout le syst&#232;me de sant&#233; qu&#233;b&#233;cois &#8212; et ma profession de pharmacien en est un exemple frappant.</p><p><strong>Le Qu&#233;bec: un cas unique au Canada</strong></p><p>Au Qu&#233;bec, seul un pharmacien peut &#234;tre propri&#233;taire d&#8217;une pharmacie &#8212; une situation unique au Canada. Dans les autres provinces, des cha&#238;nes corporatives comme Shoppers Drug Mart ou Walmart peuvent poss&#233;der directement des pharmacies.</p><p>Le Qu&#233;bec a &#233;galement son propre syst&#232;me d&#8217;examens et d&#8217;accr&#233;ditation, s&#233;par&#233; du reste du Canada. Partout ailleurs, les pharmaciens passent l&#8217;examen national du Pharmacy Examining Board of Canada (PEBC). Pas au Qu&#233;bec.</p><p>Et puis il y a la Loi 25 &#8212; le r&#233;gime de protection des renseignements personnels le plus strict au Canada, avec des amendes pouvant atteindre 25 millions de dollars ou 4% du chiffre d&#8217;affaires mondial.</p><p><strong>La superposition des organismes de surveillance</strong></p><p>En tant que pharmacien communautaire au Qu&#233;bec, je suis surveill&#233; simultan&#233;ment par:</p><p><strong>Organisme&#8212;R&#244;le</strong></p><ul><li><p>Ordre des pharmaciens du Qu&#233;bec (OPQ)</p><ul><li><p>Syndic, inspections professionnelles, conseil de discipline</p></li></ul></li><li><p>RAMQ</p><ul><li><p>Audits de facturation, conformit&#233; aux codes, r&#233;cup&#233;ration des &#8220;trop-pay&#233;s&#8221;</p></li></ul></li><li><p>Commission d&#8217;acc&#232;s &#224; l&#8217;information (CAI)</p><ul><li><p>Conformit&#233; Loi 25, LRSSS, protection des renseignements personnels</p></li></ul></li><li><p>MSSS</p><ul><li><p>Cadre r&#233;glementaire global, ententes avec l&#8217;AQPP de facturation</p></li></ul></li><li><p>Sant&#233; Canada</p><ul><li><p>Inspections des substances contr&#244;l&#233;es</p></li></ul></li><li><p>Office des professions du Qu&#233;bec</p><ul><li><p>Supervision du syst&#232;me professionnel</p></li></ul></li></ul><p>Six organismes diff&#233;rents qui peuvent m&#8217;inspecter, m&#8217;auditer, m&#8217;enqu&#234;ter, me sanctionner.</p><p><strong>Ce que &#231;a donne concr&#232;tement</strong></p><p><em>Les ententes de 3 ans:</em> Mes ententes avec l&#8217;&#201;tat ont une dur&#233;e maximale de 3 ans. Impossible d&#8217;innover avec confiance, car impossible de planifier &#224; long terme.</p><p><em>La pr&#233;somption de fraude:</em> En 2018, le syndic de l&#8217;Ordre des pharmaciens du Qu&#233;bec a lanc&#233; une enqu&#234;te massive contre 326 pharmaciens &#8212; du jamais vu au Canada. L&#8217;accusation : avoir re&#231;u des &#8220;avantages non autoris&#233;s&#8221; de leur grossiste McKesson (maison-m&#232;re de Proxim et Uniprix).</p><p>Le c&#339;ur du litige : un plafond l&#233;gal de 15 % sur les ristournes de m&#233;dicaments g&#233;n&#233;riques, &#233;tabli par le R&#232;glement sur les avantages autoris&#233;s &#224; un pharmacien &#8212; un r&#232;glement d&#233;coulant de la Loi sur l&#8217;assurance m&#233;dicaments. McKesson versait des sommes additionnelles qui, selon le syndic, constituaient des ristournes d&#233;guis&#233;es.</p><p>Or, la Loi sur l&#8217;assurance m&#233;dicaments pr&#233;voit explicitement que c&#8217;est la RAMQ &#8212; pas l&#8217;Ordre &#8212; qui enqu&#234;te sur les avantages non autoris&#233;s et qui impose les sanctions. Le syndic s&#8217;est arrog&#233; une juridiction &#233;conomique pour en faire une faute d&#233;ontologique.</p><p>Ces 326 pharmaciens n&#8217;avaient pas con&#231;u un stratag&#232;me individuel. Ils avaient sign&#233; des contrats commerciaux standards propos&#233;s par leur grossiste et propri&#233;taire de banni&#232;re.</p><p>L&#8217;approche choisie : enqu&#234;ter individuellement 326 professionnels, les menacer, et conclure par 1,65 million de dollars en amendes collectives &#8212; avec une tache &#224; leur dossier disciplinaire.</p><p>Cette enqu&#234;te massive a mobilis&#233; des ressources consid&#233;rables du c&#244;t&#233; de l&#8217;Ordre : enqu&#234;teurs, avocats, proc&#233;dures administratives pour 326 dossiers simultan&#233;s. Le tout financ&#233; par les cotisations annuelles des pharmaciens &#8212; incluant celles des 326 enqu&#234;t&#233;s.</p><p>De leur c&#244;t&#233;, ces pharmaciens ont d&#251; engager leurs propres avocats, consacrer des heures &#224; pr&#233;parer leur d&#233;fense, vivre avec le stress d&#8217;une menace de bl&#226;me et amende pendant des mois &#8212; pour une faute commerciale qui n&#8217;a affect&#233; aucun patient.</p><p>Rappelons les faits : aucun m&#233;dicament mal dispens&#233;, aucun patient l&#233;s&#233;, aucune erreur clinique. Des pharmaciens ont sign&#233; des contrats standards propos&#233;s par une multinationale. Le syndic a trait&#233; &#231;a comme une malversation professionnelle.</p><p>Ce qu&#8217;il aurait fallu faire : convoquer McKesson et ses banni&#232;res, reconna&#238;tre que la r&#233;glementation &#233;tait floue et d&#233;connect&#233;e de la r&#233;alit&#233; du march&#233;, clarifier les r&#232;gles, donner un d&#233;lai de conformit&#233;, et passer &#224; autre chose. R&#233;gler le probl&#232;me &#224; la source plut&#244;t que de punir 326 individus pour avoir suivi leur maison m&#232;re.</p><p>C&#8217;est la d&#233;finition m&#234;me de gouverner par la m&#233;fiance : criminaliser la norme au lieu d&#8217;ajuster le syst&#232;me</p><p><strong>L&#8217;innovation &#233;touff&#233;e &#224; la source</strong></p><p>L&#8217;entente AQPP-MSSS illustre parfaitement ce m&#233;canisme. Chaque acte pharmaceutique est codifi&#233;, pr&#233;-n&#233;goci&#233;, fig&#233; pour 3 ans. Le pharmacien n&#8217;est pas libre de facturer ses soins &#224; la hauteur de leur co&#251;t r&#233;el &#8212; il doit choisir parmi des codes pr&#233;d&#233;termin&#233;s qui ne refl&#232;tent ni la complexit&#233; du cas, ni la r&#233;alit&#233; de sa communaut&#233;, ni les nouvelles possibilit&#233;s technologiques.</p><p>La prise en charge clinique en est l&#8217;exemple parfait. La majorit&#233; des pharmaciens adoreraient faire de ce service leur marque de commerce &#8212; suivre des patients complexes, ajuster leurs th&#233;rapies, pr&#233;venir les hospitalisations. On le fait quand un m&#233;decin nous le demande, mais l&#8217;honoraire est trop faible par rapport au temps requis pour en faire un pilier de notre pratique. Alors &#231;a reste marginal, r&#233;actif, au lieu de devenir proactif et syst&#233;matique. Le potentiel existe. Le syst&#232;me l&#8217;&#233;touffe.</p><p>C&#8217;est &#231;a, gouverner par le contr&#244;le : des r&#232;gles mur &#224; mur, non adaptables aux r&#233;alit&#233;s locales, incapables de suivre la vitesse de l&#8217;innovation. Le syst&#232;me ne tue pas seulement la cr&#233;ativit&#233; des professionnels. Il prive la population de soins qui pourraient &#234;tre d&#233;ploy&#233;s &#224; grande &#233;chelle.</p><p>Pendant ce temps, les &#233;tats qui font confiance &#224; leurs professionnels attirent les innovateurs. C&#8217;est un avantage comp&#233;titif que le Qu&#233;bec c&#232;de volontairement.</p><p><strong>Comparaison avec l&#8217;Alberta</strong></p><p>En Alberta, les pharmaciens peuvent obtenir une &#8220;Additional Prescribing Authorization&#8221;. Une fois cette autorisation obtenue, le pharmacien peut prescrire n&#8217;importe quel m&#233;dicament r&#233;glement&#233; provincialement, dans n&#8217;importe quel domaine de pratique bas&#233; sur la pr&#233;somption qu&#8217;il a les comp&#233;tences pour le faire. Plus de 57 % des pharmaciens albertains d&#233;tiennent cette autorisation.</p><p>Au Qu&#233;bec, la loi 67 adopt&#233;e en novembre 2024 &#233;largit l&#8217;autonomie des pharmaciens, incluant la prescription pour des &#8220;conditions de sant&#233; courante&#8221;. C&#8217;est un progr&#232;s, mais les r&#232;glements d&#8217;application restent &#224; &#233;crire et la philosophie demeure diff&#233;rente : une liste de conditions permises plut&#244;t qu&#8217;une comp&#233;tence g&#233;n&#233;rale pr&#233;sum&#233;e et autog&#233;r&#233;e par le pharmacien pratiquant sur place.</p><div><hr></div><p><strong>Ma philosophie dans ma pharmacie</strong></p><p>Je pars du principe que mon &#233;quipe veut bien faire.</p><p>Concr&#232;tement:</p><ol><li><p><strong>Je documente pour lib&#233;rer, pas pour surveiller.</strong> Mes manuels existent pour que chacun sache exactement quoi faire et puisse performer de fa&#231;on autonome &#8212; pas pour v&#233;rifier si les cases sont coch&#233;es.</p></li></ol><ol start="2"><li><p><strong>Je donne de la latitude.</strong> Si quelqu&#8217;un voit une meilleure fa&#231;on de faire quelque chose, je veux l&#8217;entendre. Personne n&#8217;a besoin de ma permission pour bien servir un patient.</p></li><li><p><strong>Je mesure l&#8217;impact, pas la conformit&#233;.</strong> Est-ce que le patient est bien servi? Est-ce que l&#8217;&#233;quipe fonctionne bien? C&#8217;est &#231;a qui compte.</p></li><li><p><strong>Je g&#232;re les exceptions, pas la norme.</strong> Je ne cr&#233;e pas des r&#232;gles pour les 2% de cas probl&#233;matiques qui p&#233;nalisent les 98% qui font bien leur travail.</p></li><li><p><strong>Je pr&#233;sume de la bonne foi.</strong> Si quelque chose ne fonctionne pas, ma premi&#232;re hypoth&#232;se est un probl&#232;me de syst&#232;me ou de communication &#8212; pas une intention malveillante.</p></li></ol><p>Avant, la formation de nos assistants techniques &#233;tait improvis&#233;e. Chaque formateur avait sa m&#233;thode. Chaque recrue apprenait diff&#233;remment. Le chaos.</p><p>La r&#233;ponse classique du Paradigme A aurait &#233;t&#233; d&#8217;ajouter de la surveillance : plus de supervision, plus de v&#233;rifications, plus de formulaires &#224; remplir pour prouver que la formation est bien faite.</p><p>On a fait autre chose. On a structur&#233; le chaos mais avec une philosophie diff&#233;rente. On a cr&#233;&#233; des phases de formation claires, des comp&#233;tences sp&#233;cifiques pour chaque phase, une progression salariale li&#233;e aux comp&#233;tences d&#233;montr&#233;es. Nos formateurs savent exactement quoi enseigner. Nos recrues savent exactement ce qu&#8217;on attend d&#8217;elles.</p><p>La diff&#233;rence fondamentale : ce syst&#232;me repose sur la confiance et la responsabilit&#233;, pas sur la pr&#233;somption d&#8217;incomp&#233;tence et de mauvaise foi. Une fois qu&#8217;un employ&#233; a compl&#233;t&#233; une phase, je n&#8217;ai pas besoin de chaperon au-dessus de son &#233;paule &#8212; le syst&#232;me a valid&#233; sa comp&#233;tence. Il est autonome. Il est responsable de ses r&#233;sultats.</p><p>Le r&#233;sultat ? Moins de supervision, pas plus. Plus de clart&#233;, mais moins de contr&#244;le. C&#8217;est &#231;a, documenter pour lib&#233;rer : structurer le chaos non pas en ajoutant des surveillants, mais en donnant le volant aux employ&#233;s.</p><div><hr></div><p><strong>Pourquoi &#231;a compte</strong></p><p>Si je traite mon &#233;quipe comme des tricheurs potentiels, deux choses vont arriver:</p><ul><li><p>Les meilleurs vont partir</p></li><li><p>Ceux qui restent vont arr&#234;ter de prendre des initiatives</p></li></ul><p>&#192; l&#8217;inverse, si je fais confiance:</p><ul><li><p>Les gens veulent m&#233;riter cette confiance</p></li><li><p>Ils prennent des initiatives</p></li><li><p>Ils me disent quand quelque chose ne marche pas, au lieu de le cacher</p></li></ul><p>C&#8217;est un cercle vertueux vs. un cercle vicieux.</p><div><hr></div><p><strong>D&#8217;o&#249; vient cette m&#233;fiance ?</strong></p><p>La loi 2, la surveillance multiple des pharmaciens, les contr&#244;les bureaucratiques qui s&#8217;empilent depuis des d&#233;cennies &#8212; ce ne sont pas des accidents isol&#233;s. C&#8217;est un pattern. Le Paradigme A semble incrust&#233; dans l&#8217;ADN de nos institutions qu&#233;b&#233;coises.</p><p>D&#8217;o&#249; vient cette mal&#233;diction ?</p><p>Est-ce un h&#233;ritage de la R&#233;volution tranquille, o&#249; l&#8217;&#201;tat a remplac&#233; l&#8217;&#201;glise comme gardien de la soci&#233;t&#233; ? Une m&#233;fiance historique envers les professions lib&#233;rales et le secteur priv&#233; ? Une culture administrative qui mesure sa valeur au nombre de r&#232;gles produites plut&#244;t qu&#8217;aux r&#233;sultats obtenus ? Autre chose ?</p><p>Je pose la question sinc&#232;rement &#8212; parce que la r&#233;ponse d&#233;passe le cadre de cet article.</p><p>Ce que je sais, c&#8217;est que le Qu&#233;bec d&#233;pense plus de 65 milliards par ann&#233;e en sant&#233; et obtient des r&#233;sultats d&#233;cevants.[26] Ce que je sais, c&#8217;est que 775 m&#233;decins qu&#233;b&#233;cois travaillent maintenant exclusivement au priv&#233; &#8212; une hausse de 70 % depuis 2020.[27] Ce que je sais, c&#8217;est que les retraites anticip&#233;es ont augment&#233; de 27 %.[28] Ce que je sais, c&#8217;est que depuis l&#8217;adoption de la loi 2, plus d&#8217;une centaine de m&#233;decins ont demand&#233; un permis de pratique en Ontario ou au Nouveau-Brunswick.[29]</p><p>Le syst&#232;me actuel ne fonctionne pas. La m&#233;fiance institutionnalis&#233;e co&#251;te plus cher que la confiance.</p><p>Reste &#224; comprendre pourquoi on s&#8217;ent&#234;te.</p><p><em><strong>&#8212; Alex Ung</strong></em></p><p></p><p><em>PS : Aux pharmaciens propri&#233;taires qui me lisent : combien d&#8217;heures par semaine votre &#233;quipe passe juste pour g&#233;rer la conformit&#233; ? Aux salari&#233;s : vous sentez-vous en confiance dans votre pratique ?</em></p><div><hr></div><p><strong>Sources</strong></p><p>[1]: Drucker, P. F. (2001). <em>The Essential Drucker</em>. HarperBusiness.</p><p>[2]: Drucker, P. F. (1954). <em>The Practice of Management</em>. Harper &amp; Row.</p><p>[3]: Attribu&#233; &#224; Drucker, popularis&#233; par Mark Fields chez Ford Motor Company.</p><p>[4]: La Presse, &#171; Loi 2 sur les m&#233;decins &#187;, 25 octobre 2025.</p><p>[5]: F&#233;d&#233;ration des m&#233;decins omnipraticiens du Qu&#233;bec, &#171; Qu&#8217;est-ce que la loi 2? &#187;, fmoq.org</p><p>[6]: La Presse, &#171; L&#8217;exode de m&#233;decins vers l&#8217;Ontario prend de l&#8217;ampleur &#187;, 3 novembre 2025. Le Coll&#232;ge des m&#233;decins et chirurgiens de l&#8217;Ontario d&#233;nombre 208 demandes depuis le 1er octobre 2025.</p><p>[7]: La Presse, &#171; L&#8217;exode des m&#233;decins qu&#233;b&#233;cois commence &#187;, 28 octobre 2025.</p><p>[8]: T&#233;moignage cit&#233; dans La Presse, octobre 2025.</p><p>[9]: Coll&#232;ge des m&#233;decins du Qu&#233;bec, &#171; Mettons la Loi 2 sur pause! &#187;, cmq.org, 31 octobre 2025.</p><p>[10]: La Presse, &#171; Qu&#233;bec recule sur les p&#233;nalit&#233;s et met plus d&#8217;argent &#187;, 12 d&#233;cembre 2025.</p><p>[11]: Radio-Canada, &#171; Loi 2 : Qu&#233;bec abandonne ses cibles de performance &#187;, 12 d&#233;cembre 2025.</p><p>[12]: Lalonde, M. (1974). <em>Nouvelle perspective de la sant&#233; des Canadiens</em>. Gouvernement du Canada.</p><p>[13]: Pierru, F. (2016). &#171; 80% des d&#233;terminants de la sant&#233; sont non m&#233;dicaux &#187;, <em>Territoire &amp; sant&#233;</em>.</p><p>[14]: Statistique Canada (2024). &#171; An overview of weight and height measurements on World Obesity Day &#187;. La pr&#233;valence de l&#8217;ob&#233;sit&#233; au Qu&#233;bec (29%) est inf&#233;rieure &#224; la moyenne nationale (30%) et &#224; celle de l&#8217;Alberta (31%).</p><p>[15]: Statistique Canada (2014). &#171; Ajuster l&#8217;aiguille de la balance : l&#8217;ob&#233;sit&#233; dans la population canadienne apr&#232;s correction pour tenir compte du biais des r&#233;pondants &#187;.</p><p>[16]: Institute of Medicine (2001). <em>Crossing the Quality Chasm: A New Health System for the 21st Century</em>. National Academies Press.</p><p>[17]: Organisation mondiale de la Sant&#233;, &#171; Six dimensions of health care quality &#187;, WHO Quality of Care Framework.</p><p>[18]: Institut Fraser, <em>Waiting Your Turn: Wait Times for Health Care in Canada</em>, rapport annuel.</p><p>[19]: Porter, M. E. (2010). &#171; What Is Value in Health Care? &#187;, <em>New England Journal of Medicine</em>, 363(26), 2477-2481.</p><p>[20]: O&#8217;Boyle, E. &amp; Aguinis, H. (2012). &#8220;The Best and the Rest: Revisiting the Norm of Normality of Individual Performance.&#8221; <em>Personnel Psychology</em>, 65(1), 79-119. (Ils d&#233;montrent que la performance suit une distribution de Pareto, pas une courbe normale.)</p><p>[21]: Ginsberg, B. (2011). <em>The Fall of the Faculty: The Rise of the All-Administrative University and Why It Matters</em>. Oxford University Press. </p><p>[22]: La Presse, &#171; Le nombre de cadres explose &#187;, 28 septembre 2010. Donn&#233;es gouvernementales compil&#233;es par la F&#233;d&#233;ration des m&#233;decins sp&#233;cialistes du Qu&#233;bec. </p><p>[23]: Radio-Canada et La Presse, mars 2025. Donn&#233;es sur la structure organisationnelle de Sant&#233; Qu&#233;bec. </p><p>[24]: Porter, Michael E. &#171; What Is Value in Health Care? &#187; <em>New England Journal of Medicine</em>, 2010.</p><p>[25]: Budget du Qu&#233;bec 2025-2026, Minist&#232;re des Finances du Qu&#233;bec.</p><p>[26] Budget du Qu&#233;bec 2025-2026, Minist&#232;re des Finances du Qu&#233;bec.</p><p>[27] Le Devoir. &#171; Qu&#233;bec souhaite forcer les m&#233;decins fra&#238;chement dipl&#244;m&#233;s &#224; pratiquer dans le r&#233;seau public. &#187; Novembre 2024.</p><p>[28] Media Wall News. &#171; Crise de p&#233;nurie de m&#233;decins au Qu&#233;bec : l&#8217;exode des professionnels de la sant&#233; s&#8217;aggrave. &#187; Novembre 2025.</p><p>[25] La Presse. &#171; L&#8217;exode des m&#233;decins qu&#233;b&#233;cois commence. &#187; Octobre 2025.</p><div><hr></div><div class="subscription-widget-wrap-editor" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://lab.alexandreung.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;S'abonner&quot;,&quot;language&quot;:&quot;fr&quot;}" data-component-name="SubscribeWidgetToDOM"><div class="subscription-widget show-subscribe"><div class="preamble"><p class="cta-caption">Merci de lire ! 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